L’EMBROUILLE ENTRE CHUCK D ET FLAVOR FLAV S’EST TRANSFORMÉE EN UN ÉLÉMENT DE PROMOTION.

 

 

Rappelez-vous, le mois dernier, nous apprenions que Chuck D annonçait par communiqué que « Public Enemy et Public Enemy Radio iraient de l’avant sans Flavour Flav ». Coup de tonnerre pour beaucoup de gens tant la personnalité de ce dernier était indissociable du célèbre groupe. Même si diverses embrouilles avaient déjà émaillé la relation des 2 leaders ces dernières années. Le différend portait cette fois-ci sur la participation de Public Enemy Radio (la formule politique caritative de PE) à un meeting de Bernie Sanders, candidat aux primaires américaines. Au delà des positions politiques divergentes, Flavor Flav n’acceptait pas que son comparse utilise le nom de leur groupe pour des actions qu’il ne cautionnait pas ou auxquelles il ne participait pas. Après diverses saillies par réseaux sociaux interposés, le divorce était définitivement prononcé.

 

 

Jusqu’à hier (31 mars) où Chuck D a révélé que tout ce bruit avait pour but d’attirer l’attention afin de promouvoir l’album « Loud is Not Enough » dont la sortie est survenue par surprise en ce 1er avril. Il explique néanmoins que « le canular n’est pas une plaisanterie ». C’est à dire que l’embrouille était bien réelle et portait surtout sur l’utilisation du nom de « Public Enemy », et pas forcément sur les idées politiques. MistaChuck avait affirmé à ce sujet que Flav ne faisait guère la différence entre Bernie Sanders, Barry Sanders (running back légendaire des Detroit Lions) et le colonel Sanders du célèbre fast food du Kentucky.

Un différend qui existe depuis la création de Public Enemy Radio et qui avait trouvé un compromis en janvier à peine. Compromis qui avait explosé à l’annonce de la participation du groupe au meeting de Sanders. On découvre que Chuck D n’aimait pas non plus ce nommage mais avait laissé faire les promoteurs qui voulaient absolument capitaliser sur un nom qui fait référence dans le rap mondial.

En évinçant son partenaire historique, il savait qu’il allait passer des semaines difficiles, subissant les vagues d’indignation des fans de la première heure autant que les questions des médias. Il savait aussi qu’il allait avoir le mauvais rôle, celui d’un « despote » comme nous l’avions qualifié nous – même. Alors, unis dans une certaine frustration commune face à cette situation et désireux de régler ce malaise entre eux, caché derrière des faux semblants depuis plus de 30 ans, les deux protagonistes ont discuté et se sont mis d’accord pour transformer ce plus ou moins « bad buzz » en poisson d’avril et en tremplin à la sortie de l’album. En échange, Chuck D aurait accepté de renommer le groupe Enemy Radio et aurait réincorporé Flavor Flav (il relaye les articles qui vont dans ce sens à qui veut le lire), occupé, dit-il, à finaliser des tracks pour le prochain opus de PE.

Tout est bien qui finit bien, jusque la prochaine fois…

 

 

Parlons maintenant de cet album « Loud is Not Enough » qui est donc l’œuvre de la formation composée de Chuck D, DJ Lord, Jahi, James Bomb et Pop Diesel. Chuck explique d’emblée l’idée générale du projet : la fustigation de notre époque qui plébiscite la forme plutôt que le fond, les images plutôt que les idées, les brailleurs plutôt que ceux qui agissent, les mythos plutôt que les héros. Il n’hésite pas à donner des exemples dans le rap, un monde qu’il connait et qu’il observe depuis presque 40 ans. Il déplore que lorsqu’un jeune rappeur fait une connerie, il est davantage adulé. Il regrette qu’un rappeur est élevé au rang d’icône quand il meurt alors que personne ne le connaissait auparavant. Il n’hésite pas à citer les exemples de Pop Smoke et même celui de Nipsey Hussle.

Sur la forme, Chuck D compare son groupe comme un sound system jamaïquain qui tire sa source de Public Enemy, dans le militantisme politique notamment et dans la géométrie variable. Enemy Radio revient en tout cas à des sonorités hip hop là où The Prophets of Rage (précédent projet qui l’associait à des musiciens de Rage Against The Machine et à B-Real) penchaient vers le rock dur. Avec l’aide de David « C-Doc » Snyder (collaborateur historique et président de Spit Slam Group fondé par Chuck D) à la production, on retrouve des essences de Public Enemy, sans jamais rivaliser avec les albums cultes puisque ce n’est pas la même époque et peut-être pas les mêmes combats.

« Loud is Not Enough » n’est pas une copie et surtout pas une mauvaise copie. On laissera néanmoins aux gros fans de Public Enemy le soin de le placer ou non parmi les œuvres qui entretiennent le lourd héritage laissé par Chuck D et compagnie.

 

L’album est disponible sur l’ensemble des plateformes.

 

 

TRACKLISTING :

01. 2020
02. STD (Slavery Transmitted Disease)
03. Born Woke
04. Food As A Machine Gun (feat. Public Enemy)
05. Man Listen
06. Last Stand Caravan
07. Goodnight Lucifer
08. Same God
09. Lock Your Wheels
10. The Kids Ain’t Alright

Spit Slam Records – Avril 2020