TOUT A PARU BRUTAL DANS LA DIFFUSION DE CET ALBUM INATTENDU. MAIS IL A BEAUCOUP PLUS DE SENS QU’ON NE LE CROIT.

 

 

Après l’été 2018, on avait pourtant juré que Donald Glover allait arrêter sa carrière musicale en tant que Childish Gambino. Le titre « Feels Like Summer » et le déroulé du clip en animation qui l’illustrait, se voulaient être une sorte de rétrospective d’une carrière dont la (quasi) fin fût marquée par le stratosphérique « This Is America » pour lequel il était venu récupérer quelques Grammys début 2019. D’ailleurs, cette même année ne fût pas particulièrement remplie puisqu’on ne relève que sa participation au casting vocal du « Roi Lion » (en tant que Simba) et au film « Guava Island » de son ami Hiro Murai (le même duo que pour la série « Atlanta »).

Pour 2020, on ne s’attendait pas vraiment à de la musique de la part de Glover, lui qui continue sa carrière au cinéma avec notamment un 5ème volet de « L’Arme Fatale » cette année. On ne s’y attendait pas avant la nuit du 15 mars où l’album fût disponible en écoute sur un site crée pour l’occasion. Une diffusion en un seul trait d’une piste de 57 minutes qui avait fini par disparaitre au bout de 12 heures. Le genre de teasing à la Frank Ocean que les gens aiment bien.

 

 

C’est donc au bout d’une semaine que « 3.15.20 » a vu officiellement le jour avec les pistes découpées (12 en tout) mais leur nommage laissé en mode horodatage sauf pour 2 tracks. Un procédé qu’on retrouve de plus en plus régulièrement à l’instar de Kendrick Lamar sur « Untitled Unmastered ».

Certains crient au génie avec cette approche « conceptuelle’, considérant que Childish Gambino se dédouane des règles pour ne garder que la musique. D’autres ne s’y retrouvent pas vraiment dans ce qu’ils qualifient comme un beau bordel. La mention de son nom civil sur le site qui avait streamé l’album, le nommage brut et dilletant des titres, l’absence d’un vrai artwork et peut-être le manque de construction musicale de l’ensemble dont le son est quelque fois saturé, provoquent une certaines confusion.

Mais en réalité, il ne s’agit pas du bordel que l’on croit. En effet, durant les 12 heures de vie du streaming du 15 mars, certains geeks ont eu le temps de découvrir un message caché à l’intérieur du code source de la page. Un texte écrit par Gambino expliquant en gros la raison de la sortie du disque. Il explique qu’un oracle lui avait prédit la mort d’un proche. La fatalité a voulu que ce soit son père en décembre 2018. Le chanteur l’avait annoncé lui-même sur scène, clôturant ainsi l’année la plus faste de sa carrière par une triste nouvelle, sûrement à l’origine de ses rares apparitions en 2019. Il explique ensuite le grand vide que cette disparition à crée en lui. Un vide lui faisant comprendre qu’il devait écrire une œuvre qui aurait pour objectif de faire perdurer l’héritage de son géniteur. « 3.15.20 » serait donc cette œuvre. Et certains pousseraient même l’analyse en affirmant que l’horodatage serait tout simplement les numéros des chapitres, même s’il s’agit vraiment du décompte cumulé du timing. Pourquoi pas après tout.

Du coup, on comprendrait aussi mieux l’aspect décousu de la musique en elle-même. Cette superposition anarchique d’ambiances très diverses est peut-être là pour témoigner de la confusion dans sa tête. On y retrouve de la RnB comme sur « Algorhythm » où il reprend le refrain du « Hey Mr DJ » de Zane, de la new jack sur « Time » (avec Ariana Grande qui n’est pas créditée), de la dance pas fameuse sur « 19.10 », de l’electro sur « 32.22 » ou encore de la pop à la Pharrell Williams sur « 35.31 ». L’album se termine quand même sur « 53.49 » qui est rempli d’espoir.

On sait qu’il s’agit de productions plus ou moins récentes composées avec l’aide de ses collaborateurs habituels, le compositeur récompensé aux Oscars pour son travail sur « Black Panther » Ludwig Goransson et le producteur californien DJ Dahi. La preuve, « Feel Like Summer » a été recyclé sous le nom de « 42.26 ».

 

 

Une confusion voir même une fragilité (peut-être celle pour laquelle on pensait un moment donné qu’il était en dépression) qui l’ont poussé vers le traitement de sujets qui lui tiennent à cœur : sa remise en cause personnelle, son rapport à la notoriété, des éléments de sa vie privée comme le fait d’être père, les violences et la folie de ce monde ou encore la condition humaine. Tout cela placé arbitrairement à la manière de l’entrechoquement des pensées finalement. On comprend mieux maintenant le dessin qui avait été publié sur le site. Un dessin décrivant une scène de chaos.

Dans ce contexte, on écoute « 3.15.20 » autrement. L’album est peut-être l’anti – « Awaken, My Love! » d’il y a 4 ans mais il contient des fulgurances et beaucoup plus de sens qu’on ne le croyait. Passée la confusion, il faut juste qu’on sache faire le tri et appréhender les pistes avec des niveaux de lecture différents. Le confinement devrait pouvoir nous le permettre.

 

« 3.15.20 » est désormais disponible sur les plateformes habituelles.

 

 

TRACKLISTING :

01. 0.00
02. Algorhythm
03. Time
04. 12.38
05. 19.10
06. 24.19
07. 32.22
08. 35.31
09. 39.28
10. 42.26
11. 47.48
12. 53.49

RCA Records – Mars 2020