AVEC « SWIMMING », MAC MILLER ÉTAIT (RE)PARTI EN CRAWL. IL REVIENT SUR LE DOS, SE LAISSANT DÉRIVER PAR LE COURANT AVEC « CIRCLES ».

 

 

La mort des rappeurs suscite toujours un émoi particulier pour des individus qui rayonnent, pour la plupart, en prônant la thug life avec tous les aspects que cela implique en termes de violence, d’argent facile, de trafic de drogues, de cul ou encore d’addictions diverses. Bien-sûr, vous avez des Nipsey Hussle qui étaient reconnus pour agir positivement pour leur communauté ou pour avoir un charisme débordant. Et puis il y a les jeunes pouces, assassinés comme XXXtentacion au casier judiciaire long comme le bras à 20 ans, ou disparus subitement comme Juice Wrld (21 ans) qui avait fait un malaise cardiaque alors qu’il se faisait contrôler à la douane d’un aéroport avec une quarantaine de sachets de weed et des armes de poing dans sa besace. Aucune mort n’est à souhaiter mais force est de constater qu’il y a toujours eu une fascination autour des rappeurs décédés, pour peu que des célébrités se mettent à leur rendre hommage.

Pour Mac Miller, mort d’une overdose le 7 septembre 2018 à l’âge de 26 ans, c’est autre chose. On retiendra un artiste fauché en pleine ascension. Le rappeur de Pittsburgh était sur le point d’accéder à une postérité encore plus grande mais s’était finalement fait rattraper par ses démons. Ces mêmes démons dont il n’hésitait pas à parler dans ses chansons. Ses addictions, son histoire d’amour avec Ariana Grande et ses déceptions comme la rupture avec la même Ariana Grande (qui l’avait quitté en qualifiant leur relation de « toxique ») sont autant d’événements qui n’ont cessé d’alimenter son inspiration autant que son esprit torturé. Miller était un écorché vif en constante rédemption mais dont le compte à rebours était déclenché. On le comprend mieux aujourd’hui.

Alors que « Swimming », le dernier opus de son vivant (août 2018), décrivait l’après Ariana avec une once de mieux, « Circles » nous renvoi dans une sorte de cercle vicieux dont l’artiste avoue ne pas pouvoir se libérer. En réalité, cet album devait sortir pas très longtemps après et surtout en complément du précédent. Le concept était « Swimming in Circles » : « Tourner en rond ». L’atmosphère de « Circles » est aussi bien mélancolique, parce qu’on ne peut qu’être ému de réentendre la voix de Miller, que pesante car l’artiste retombe dans des pensées sinueuses. On y trouve presque une sorte de fatalité. « Swimming » avait opéré une évolution significative vers le chant. Le nouveau disque, lui, en contient à 99,99%, à base de complaintes et de pensées à voix basse.

 

 

Le communiqué de la famille qui avait annoncé la sortie de ce disque posthume mentionnait l’intervention de Jon Brion, producteur et compositeur spécialisé dans les BO de films, qui après avoir travaillé sur « Swimming », avait décidé de finaliser le projet de « Circles » sur la base de ses échanges avec Miller. On ne sait pas exactement le chemin qu’il restait à parcourir mais sur les vidéos de « Good News » et « Hand Me Downs », on les voit tous les deux en studio, preuve que le chantier était bien entamé. De plus, même si les voix avaient été enregistrées, on ne pourra pas s’empêcher d’imaginer que Brion ait déversé sa patte sur l’instrumentation. Des morceaux comme « That’s On Me », « Surf » ou encore « Everybody » contiennent assez d’éléments pop – folk pour nous poser des questions. Mais le temps n’est pas à la suspicion et on fait confiance à Brion pour avoir retranscrit les volontés du défunts. Il a déjà essayer de le faire et c’est tout à son honneur. Par contre, une des volontés de Miller que Brion a peut-être vraiment respecté, c’est l’absence de featurings comme pour le précédent album, histoire de renforcer l’introspection de l’ensemble.

 

 

Il sera difficile de juger la qualité de « Circles » tant il est lié à la disparition de Mac Miller. L’émotion nous empêchera d’évaluer le disque à sa valeur la plus technique ou structurelle. Dans son fond, il est d’une bonne qualité malgré tout. Sans mauvais jeu de mot, il est de la même profondeur (voire plus) que « Swimming ». En tout état de cause, il fera acte comme la dernière œuvre de Mac Miller (en attendant d’éventuelles « lost tapes »).

 

« Circles » est disponible partout ainsi que « Swimming » si vous voulez boucler la boucle.

 

 

TRACKLISTING :

01. Circles
02. Complicated
03. Blue World
04. Good News
05. I Can See
06. Everybody
07. Woods
08. Hand Me Downs
09. That’s On Me
10. Hands
11. Surf
12. Once A Day

Warner – Janvier 2020