CELA SEMBLE DÉSORMAIS ÊTRE SON MODE OPÉRATOIRE : LES ALBUMS SURPRISES.

 

 

Il nous avait fait la même avec « Kamikaze » il y a un an et demi. Eminem est depuis longtemps une légende du rap américain et qui plus-est toujours active. Il est vrai que Slim Shady fait parler de lui assez régulièrement en s’embrouillant avec qui le voudra sur les réseaux sociaux et n’a pas besoin de promo à proprement dit (si on peut appeler ça de la promo). Il a même attaqué Spotify l’été dernier pour des raisons de royalties sur ses tubes streamés des millions de fois. Récemment, c’est sa vieille rivalité avec Nick Cannon qui est revenue sur la table (vous savez la fausse relation avec Mariah Carey d’il y a 11 ans).

« Kamikaze » arrivait dans un contexte particulier, après 4 ans d’absence, le rappeur de Detroit clashait tout ce qui passait, à commencer par Machine Gun Kelly et aussi Donald Trump qu’il avait copieusement invectivé sur des freestyles. L’album contenait alors de féroces critiques de la nouvelle génération de rappeurs (entre autres) autant que de représailles à peine dissimulées.

« Music To Be Murdered By », lui, est véritablement un recadrage artistique. L’opus est mieux calibré, plus cohérent alors que son prédécesseur volontairement plus diffus. Du titre à l’artwork, Eminem nous soumet un fil rouge Hitchcockien. En effet, Marshal Matters s’est inspiré du « Alfred Hitchcock ‎– Presents Music To Be Murdered By » de Jeff Alexander, œuvre concept composée de narrations de la part du célèbre maitre du suspens. Si le rappeur a réinterprété les photos du projet de 1958 ainsi que véhiculé la même thématique sombre, macabre et satirique, les comparaisons avec un traité cinématographique s’arrêtent là, même si les deux interludes du disque contiennent également une intervention de Hitchcock.

Rien que cette « architecture » rend « Music To Be Murdered By » plus digérable que « Kamikaze ». Mais cela ne veut pas dire que Eminem ait perdu sa verve et on peut le dire sa colère. Comme d’habitude et plus que jamais, il défouraille et arrose à coup de mitraillette vocale sur ses ennemis de plus en plus nombreux, bien que le disque monte crescendo en intensité et en énergie (à partir de « Those Kinda Nights ». On connait ses mots acides parfois. Cela se vérifie sur « Unaccomodating » où il mentionne l’attentat de Manchester en 2017 en marge d’un concert d’Ariana Grande. Il va falloir à certains auditeurs un peu de recul pour comprendre ce qu’a voulu dire le rappeur.

Des ennemis, il en a mais des amis, aussi. Non seulement le nouvel album contient beaucoup plus d’invités que le précédent mais il contient des intervenants rappeurs comme pour faire de l’opus une vraie œuvre rap pour ceux qui en doutaient. Il n’y a qu’à checker la liste : Royce Da 5’9′ qui apparait 3 fois comme un petit avant-gout de la reformation de leur duo d’il y a 20 ans Bad Meets Evil annoncée l’année dernière, Black Though, Q-Tip et Anderson .Paak pour l’apparat, Young M.A et Don Toliver pour la nouvelle vague ou encore Juice WRLD pour la partie émotion (d’ailleurs, « Godzilla » est le premier titre posthume officiel du rappeur récemment décédé).

 

 

On peut néanmoins regretter que Eminem laisse encore (trop) de la place au chant, pas celui des autres mais plutôt le sien. Même si cela reste discret, il continue sur la lancée de « Kamikaze » et c’est peut-être pas ce qu’il a réussi de mieux, sachant qu’on connait sa capacité à rapper de plusieurs façons différentes. Et pour mieux nous faire avaler la pilule, il place ici et là des tracks qu’on ne pense pas nécessaires ou du moins moins cohérent avec le reste. C’est le cas du commercial « Those Kinda Nights » avec Ed Sheraan et de « In Too Deep ».

Autrement, « Music To Be Murdered By » nous plait bien. On sent que Eminem y a mis de l’effort dans la structure comme pour mieux se canaliser. Peut-être en vain car on sait que le tempérament du monsieur est souvent mis à rude épreuve par ses nombreux détracteurs. Mais finalement, son plus grand ennemi reste lui-même.

 

 

L’album est disponible partout.

 

 

TRACKLISTING :

01. Premonition (intro)
02. Unaccomodating (feat. Young M.A.)
03. You Gon’ Learn (feat. Royce Da 5’9′ & White Gold)
04. Afred (interlude)
05. Those Kinda Nights (feat. Ed Sheraan)
06. In Too Deep
07. Godzilla (feat. Juice WRLD)
08. Darkness
09. Leaving Heaven (feat. Skylar Grey)
10. Yah Yah (feat. Black Though, dEnAun, Q-Tip & Royce Da 5’9′)
11. Stepdad (intro)
12. Stepdad
13. Marsh
14. Never Love Again
15. Little Engine
16. Lock It Up (deat. Anderson .Paak)
17. Farewell
18. No Regrets (feat. Don Toliver)
19. I Will (feat. Joell Ortiz, KXNG Crooked & Royce Da 5’9′)
20. Alfred (outro)

Shady Records/ Aftermath / Interscope Records – Janvier 2020