12EME ALBUM POUR LE RAPPEUR DE CHICAGO DANS LEQUEL IL EXPLIQUE QUE L’AMOUR SOUS TOUTES SES FORMES DOIT ÊTRE LA FINALITÉ, L’ISSUE.

 

 

Depuis 2015, on ne peut pas dire que Common ait levé le pied. Il faut dire que les temps sont plus que jamais sombres et il est de ceux qui portent souvent la bonne parole. Cette année-là, il remportait l’Oscar de la Meilleure Chanson Originale pour le film « Selma » qu’il avait partagé avec John Legend. Lui qui embrassait depuis longtemps une carrière de comédien avait été récompensé par le monde du cinéma, certes pour sa musique mais tout de même. L’année suivante, le rappeur de Chicago signait l’album « Black America Again » qui fût son manifeste contre les brutalités policières envers la communauté noire et une sérieuse alerte à propos de la menace Trump qui est devenue quelques mois plus tard la réalité que nous connaissons. Et puis il y a eu cette autobiographie au mois de mai intitulée « Let Love Have The Last Word : A Memoir » dans laquelle il s’est mis à nu plus que jamais, révélant par exemple avoir été abusé sexuellement dans sa jeunesse.

Common a toujours eu un discours militant mais plus récemment, il s’est définitivement persuadé que l’amour est la solution à tout. Il essaye de le prouver par le prisme de sa propre expérience. L’album « Let Love » se veut donc la prolongation en musique (et non le pendant) de cette mise à nu personnelle et inspirante. Après les combats sociaux et politiques, il tente aujourd’hui de nous faire comprendre l’importance de donner et de recevoir l’amour dans tous les sens du terme.

Et si on remonte encore plus en amont, ce serait sa relation avec sa fille qui aurait tout déclenché. Cette relation s’était détériorée du fait de l’emploi du temps chargé de l’artiste. Il pensait faire les choses dans le bon sens mais n’entendait plus les messages de sa progéniture. La préparation du livre et du disque avait provoqué des discussions entre les deux. Pas étonnant donc que le titre « Show Me That You Love » retraçant cette relation, apparaisse dans le trackisting.

 

 

A travers l’ensemble de l’album, Common parcoure toutes les formes et les signes d’amour. Cela peut commencer dès le matin au réveil où l’on ouvre les yeux et où l’on va commencer par dire bonjour à l’être en face de nous (« Good Morning Love »). C’est aussi les bons cotés d’une relation amoureuse (« My Fancy Free Future Love »). Cela prend aussi la forme de l’amour que l’on a pour sa famille et particulièrement pour ses parents. « Forever Your Love » lui a été inspiré par quelques inquiétudes qu’il a eu lorsque sa mère s’était fait opérée en début d’année et que l’opération, pourtant bénigne, avait duré plus que prévu. On ne peut pas non plus parler d’amour sans penser aux enfants, à ceux qui sont notre avenir. Son expérience à propos de son agression sexuelle l’a fait réfléchir à la situation de milliers d’enfants à qui on retire leur innocence. Un traumatisme qu’il évoque sur « Memories At Home ». Et enfin, il y a aussi la foi, l’amour qu’on porte à son dieu et à ses préceptes. Comme explique dans « God is Love » que ces deux termes sont les plus importants dans son existence.

Mais si 80% du disque parle d’amour, l’artiste s’octroie quelques déviations comme sur « Hercules » qui évoque le combat par le kick. Common veut nous rappeler qu’il est aussi un rappeur qui aime simplement performer. Il est aussi un peu nostalgique sur « HER Love » qui est à la fois un regard sur le rap de ces débuts versus celui d’aujourd’hui en même temps qu’un hommage aux femmes. Ce dernier morceau est en lien direct avec son « I Used To Love HER » de 1994 et contient un instru inédit de J Dilla qui fût son colocataire à l’époque.

 

 

Coté instrumentation, on ne tombe pas pour autant dans le larmoyant. La rythmique y est aussi variée que bien choisie selon les thèmes abordés. A la production générale, on retrouve encore Karriem Riggins qui était déjà intervenu sur « Black America Again » et qui fait bien-sûr parti de leur trio, avec Robert Glasper, sur le projet August Greene.

Si la résistance intellectuelle et spirituelle a toujours été les fers de lance de Common, l’amour doit en être le résultat ou l’issue, même si cela passe parfois par un combat intérieur. Le rappeur a souvent pris position par les mots mais aussi par les actes. Et l’amour est aujourd’hui son nouveau combat.

Si vous voulez partager ces bons sentiments avec lui, n’oubliez pas qu’il sera en concert le 14 septembre à l’Élysée Montmartre à Paris.

 

 

L’album « Let Love » est disponible sur l’ensemble des plateformes de streaming.

 

 

TRACKLISTING :

01. Good Morning Love (feat. Samora Pinderhugues)
02. HER Love (feat. Daniel Caesar)
03. Dwele’s Interlude
04. Hercules (feat. Swizz Beatz)
05. Fifth Story (feat. Leikeli47)
06. Forever Your Love (feat. BJ The Chicago Kid)
07. Leaders (Crib Love) (feat. A-Trak)
08. Memories of Home (feat. BJ The Chicago Kid & Samora Pinderhugues)
09. Show Me Tha You Love (feat. Jill Scott & Samora Pinderhugues)
10. My Fancy Free Future Love
11. God is Love (feat. Leon Bridges & Jonathan McReynolds)

Loma Vista Recordings – Août 2019