LE RAP DE CAROLINE DU NORD EST EN TRAIN DE TOUT CASSER EN CE MOMENT. ET CE N’EST SURTOUT PAS RAPSODY QUI VA LE RALENTIR, BIEN AU CONTRAIRE. SON NOUVEL ALBUM « EVE » VA LE SACRALISER.

 

 

Quels sont les points communs entre Rapsody,  J Cole (patron de Dreamville qui a délivré récemment « Revenge of The Dreamers III »), 9th Wonder (qui est revenu pour un dernier tour de piste avec Murs), Little Brother (auteurs de l’excellent « May The Lord Watch »), YBN Cordae (futur grand qui vient de réaliser « The Lost Boy »), DaBaby (qu’on a vu sur un clip de Quality Control) ? Et bien, tous viennent de Caroline du Nord et tous ont été très actifs cette année. Ensemble, ils sont en train de créer une triangulaire Durham – Raleigh – Wilson qui pourra peut-être un jour être comparée à celle de New York – Boston – Philadelphie.

Et Rapsody n’est pas la moins discrète du lot. Elle en est même une des artistes les plus emblématiques depuis un peu plus de 10 ans. Une aura qui s’est imposée récemment quand Murs était venu enregistrer chez 9th Wonder son album « The Iliad is Dead And The Oddyssey is Over ». La rappeuse, qui figure sur un des titres, l’a accueilli et a été d’une aide précieuse dans l’approche artistique de l’opus. Cette anecdote démontre bien le poids qu’elle impose quand on met les pieds en Caroline du Nord.

Son actualité à elle c’est bien évidemment son deuxième album « EVE » disponible aujourd’hui sur Jamla Records affilié au groupe It’s A Wonderful World Music qu’elle n’a jamais lâché depuis ses débuts. Au regard de la trackslist, le thème de l’opus est sans équivoque. Il s’agit ici de rendre hommage aux femmes noires par le prisme de leurs actions, leur influence et leur impact sur notre société. Et chaque morceau porte le nom de 16 d’entre elles, figures de la femme noire d’hier, d’aujourd’hui et de demain. La rappeuse de Wilson les décrit tour à tour, leur histoire, leurs sacrifices ou leurs actions qui sont allés à l’encontre d’un monde encore rétrograde, surtout envers le sexe féminin, avec ses jeux de mots qui ont fait leurs preuves.

Par où commencer ? Peut-être par le début avec ce que fût le premier et seul teasing de l’album : « Hibtihaj » du prénom de Ibtihaj Muhammad, la première escrimeuse à avoir participé à des compétitions internationales, y compris les jeux olympiques de 2016, coiffé d’un hijab. Pas banal comme prise de parole à une époque où plus que jamais ce genre de signe religieux est montré du doigt. Artistiquement parlant, elle avait repris les notes du « Liquid Swords » de GZA (qui est à l’origine celui de Willie Mitchell). GZAqui est venu intervenir sur le track en compagnie de D’Angelo.

 

 

Toujours sur le plan artistique, comment ne pas parler de Nina Simone dont le morceau « Nina » ouvre la playlist. Peu d’artistes noires avec une conscience ne peut ignorer l’œuvre et l’impact de la célèbre chanteuse, aussi née en Caroline du Nord. Qui peut ignorer que dans les années 60, Simone n’avait pas hésité à signer sur un label (Philips) pour enfin pouvoir parler des inégalités raciales aux États-Unis ? Et que cet acte sera fondateur pour le restant de sa carrière où elle a chanté pour les droits des femmes et des femmes noires dans le monde.

Ensuite, on pourrait parler de « Aaliyah » qui se réfère à la chanteuse de RnB décédée trop prématurément en 2001 à seulement 22 ans. Jeune femme devenue pratiquement culte tant son potentiel était énorme et qui avait été fauchée en pleine ascension. Jeune femme aussi qui s’était marié trop tôt à 15 ans avec le pédophile notoire R Kelly. Aventure qui l’avait fait devenir le symbole de la lutte contre la manipulation des plus jeunes, y compris dans le show-business.

On continue dans une époque plus récente, la notre, avec Michelle Obama (« Michelle », on pense que vous avez compris le principe), première First Lady noire du premier président tout aussi noir des États-Unis. Un personnage moderne et emblématique de la communauté noire qui pourrait devenir dans le futur la première femme présidente, pourquoi pas. On y voit ici une vision sur l’avenir des plus intéressante.

Toujours sur le plan politique, clin d’œil à Afeni Shakur, membre des Black Panther et mère de Tupac. Pour montrer que la conscience de la femme noire peut aussi prendre la forme d’un combat presque militaire. Le morceau qui lui est dédié commence d’ailleurs par un couplet de son fils décédé.

 

 

On pourrait passer des heures à vous raconter qui sont les autres femmes mises en avant sur « EVE », entre Hatchepsut (la seule reine – pharaonne dont on se souvient du nom officiellement), Serena (championne au physique décomplexé), Oprah (première vraie mania du divertissement), Tyra et Iman (mannequins à l’époque du standard blond et blanc), Whoopi (oscarisée et grand mère à l’âge de 34 ans) et toutes les autres. Mais on va vous laisser découvrir les 16 portraits décrits par Rapsody. Elle le fait si bien, sans toutefois faire de la discrimination anti-blanche. Il s’agit plutôt de parler des noires qui sont trop souvent mises en second plan.

 

 

Son album « EVE » est à se procurer impérativement sur la plateforme de votre choix.

 

 

 

TRACKLISTING :

01. Nina
02. Cleo
03. Aaliyah
04. Oprah (feat. Leikeli47)
05. Whoopi
06. Serena
07. Tyra
08. Maya (feat. K. Roosevelt)
09. Ibtihaj (feat. D’Angelo & RZA)
10. Myrlie (feat. Mereba)
11. Reyna’s Interlude
12. Michelle (feat. Elle Varner)
13. Iman (feat SiR & JID)
14. Hatshepsut (feat. Queen Latifah)
15. Sojourner (feat. J Cole)
16. Afeni (feat. PJ Morton)

Jamla Records – Août 2019