LES DRAMES DE LA VIE ONT TOUJOURS INSPIRÉ LES ARTISTES. RAPHAEL SAADIQ S’EST APPUYÉ SUR CEUX DE SON FRÈRE AINÉ POUR SON TOUT NOUVEL ALBUM.

 

 

Ce frère ainé dont le nom a été repris par Raphael Saadiq pour intituler son 6ème album solo : « Jimmy Lee ». Ce frère qui est décédé d’overdose en 2008 et qui avait contracté le virus VIH par échange de seringues. En 2008, le chanteur et producteur avait déjà la quarantaine et avait orienté sa carrière avec succès vers la soul vintage avec « Stone Rollin ». Il avait ensuite tourné pendant près de 2 ans avec cet opus. Il ne s’était pas vraiment exprimé sur le décès de Jimmy survenu la même année.

C’est donc 11 années plus tard que Saadiq a décidé d’en parler sur disque. Un hommage qui coïncide avec son retour dans le game après 8 ans d’absence. On ne sait pas s’il serait revenu en piste s’il ne s’était pas senti l’envie ou le besoin de chanter les problèmes de son frère. Peu importe, l’opus est en réalité une dénonciation de l’ensemble des addictions qui nuisent à la fois aux concernés mais aussi à leurs proches. Comme il l’explique, tout le monde à sûrement un Jimmy Lee dans sa famille ou son entourage. Pour peu qu’il s’en souvienne, Jimmy était déjà junkie quand il est né en 1966. Plus tard, avec son recul d’enfant, il n’avait aucune idée de ce qu’était l’héroïne. Raphael pensait que c’était une forme d’alcoolisme. En grandissant, il démarrera sa grande carrière et aura ses propres expériences. Et si certains se posent la question pourquoi il attendu tout ce temps, il faut qu’ils sachent que le chanteur en a ponctuellement parlé. Il faut qu’ils sachent aussi qu’il a 12 frères et sœurs et que d’autres que Jimmy sont devenus toxicomanes à en perdre la vie. La raison pour laquelle il évoque Jimmy aujourd’hui ne le regarde que lui finalement.

Si l’esprit du gospel plane sur « Jimmy Lee » (et la foi qui l’accompagne), Saadiq ne s’est pas contenté de se faire sa propre thérapie. Il a recherché le meilleur moyen d’exprimer ses textes tout en cherchant un traité musical actualisé sans toutefois casser avec son ADN qui est déjà bien large. De ce qui devait être au départ qu’un morceau, « Sinners Player » en 2017, c’est devenu un projet à part entière 2 ans après car il s’était rendu compte que l’addiction était un fléau mondial. Ainsi, d’autres chansons sont sorties de terre. « Something Keeps Calling Me » est un hommage à son ami Brian Grant, ancien joueur de NBA souffrant de la maladie de Parkinson et qui doit faire avec des traitements lourds. Sur « Glory To The Veins », il parle de ses propres tentations et du combat, parfois physique, qu’il a du entreprendre pour ne pas succomber. Pour la petite histoire, ce track devait ouvrir l’album histoire de balayer devant sa porte avant de parler des autres. Et on ne vous parle pas d’une des addictions les plus répandues, et légales, qui est l’alcool sur « The World Is Drunk ».

 

 

L’album est d’un clair – obscure évident avec ses moments d’ombre et de lumière, ses moments de chute, ses moments de rédemption et ses moments de renaissance si l’on ne veut pas définitivement sombrer.

De tous les albums solos de Raphael Saadiq, « Jimmy Lee » en est bien-sûr le plus personnel. Il n’est pas là pour nous divertir. Il est là pour nous prendre conscience d’un problème qui nous touche tous. Il est aussi là pour nous éduquer car il n’est jamais trop tard pour le faire. Il est important de l’écouter rien que pour ces raisons.

 

Pour rappel, Raphael Saadiq sera de passage à Paris le 21 octobre (Élysée Montmatre).

 

Pour l’album « Jimmy Lee », ça se passe sur l’ensemble des plateformes de streaming.

 

 

TRACKLISTING :

01. Sinners Prayer
02. So Ready
03. This World is Drunk
04. Something Keeps Calling (feat. Rob Bacon)
05. Kings Fall
06. I’m Feeling Love
07. My Walk
08. Belongs to God (feat. Reverend E. Baker)
09. Dottie Interlude
10. Glory to The Veins (feat. Ernest Turner)
11. Rikers Island
12. Rikers Island Redux (feat. Daniel J. Watts)
13. Rearview (feat. Kendrick Lamar)

Columbia Records – Août 2019