« THE LOST TAPES 2 » : CELA EN A LE NOM MAIS PAS FORCEMENT LA MÊME SAVEUR QUE LE PREMIER VOLUME AU DÉBUT DES ANNÉES 2000.

 

 

On fait trop souvent l’erreur de vouloir comparer avec le passé. Quand il s’agit d’un album sur l’autre, à intervalle raisonnable, pas de soucis. Mais le hip hop et ses addicts sont remplis de nostalgie, surtout ceux qui ont bien connu les golden years et même les périodes d’avant. Il est vrai que les années 2010 représentent une période anniversaire avec des œuvres qui ont atteint et qui atteignent 20 à 30 ans d’existence. Et les artistes en profitent pour nous délivrer des pseudo suites d’opus qui ont fait leur renommée. Dans le désordre, un Rick Ross qui conclue 10 ans de carrière avec un pont avec son tout premier album, un Alchemist qui va jouer les prolongations de son « Yatch Rock » d’il y a 6 ans, un Ras Kass qui va bientôt fournir une suite à son « Soul on Ice » de 1996 etc.

C’est un peu leur faute puisqu’ils nous poussent à regarder en arrière et à faire le comparatif. Un comparatif pour lequel on manque généralement de recul. Un comparatif qui ne prend pas en compte, ou trop peu, le changement d’époque, les nouvelles tendances, le poids des années pour certains artistes et même notre approche personnelle de la musique. Et plus on se raccroche à cette nostalgie, qui tout à fait légitime, plus on sera déçu, forcément. Si on vous raconte tout cela, c’est parce qu’il ne faudra rien attendre de particulier de la part de « The Lost Tapes II » de Nas, qui vient évidemment en écho au premier volume datant de 2002. Tout est une question de contexte.

Les tracks du premier volume devaient figurer sur « I Am… The Autobiography » (1999), un projet autobiographique prenant la forme d’un double album. Ce dernier avait fuité et Nas avait dû changer ses plans et sortir la version que l’on connait avec 16 titres tout de même mais avec le titre amputé du mot « The Autobiography ». Ce qui ne l’avait pas empêché d’être nommé aux Grammy Awards cette année là dans la catégorie du meilleur album de rap. C’est seulement en 2002 qu’ils ressortira les morceaux manquants dans « The Lost Tapes », accompagnés d’autres titres produits jusqu’en 2001 environ.  En 1999, Nas était déjà en perte de vitesse avec « It Was Written » (1996), son deuxième opus qui n’avait pas vraiment suivi les performances de l’emblématique « Illmatic » deux ans auparavant. « I Am… » avait été bien accueilli mais sans plus et le disque d’après « Nastradamus » n’est pas resté dans les mémoires. « The Lost Tapes » mais aussi « Stillmatic » en 2001 avaient remis Nas sur de bons rails. Les fans avaient considéré que le rappeur était revenu à une base underground des plus appréciable. Une remise à niveau qui avait permis par la suite de mettre en orbite « God’s Son » (dont le tube « I Can » est tiré) en 2002. Il est vrai que ce dernier avait été inspiré par la disparition de sa mère. Il avait donc livré quelque chose de profond.

Le contexte posé, on peut maintenant discuter de « The Lost Tapes II » qui intègre des inédits de la période d’après 2002 justement. Ne nous mentons pas, ces quinze dernières années n’ont pas vraiment été les meilleures artistiquement. Ou plutôt, on devrait dire que ses choix de production ont été contestables à plusieurs reprises. En résumé, le roi du Queens a été très inégal. C’est plus récemment qu’on trouve qu’il a fait quelque chose intéressant sur « Nasir », un des volets du projet « Wyoming », la série d’albums de 7 titres produits par Kanye West et sortis à une semaine d’intervalle.

« The Lost Tapes » est l’héritage de cette période peu glorieuse et on retrouve à peu près les mêmes déchets. Les prods de « Vernon Family », « Highly Favored », « It Never Ends » et « Beautiful Life » sont décevantes. Le sample du standard du jazz de Dave Brubeck sur « Jarreau of Rap » n’est pas au niveau de celle du piano de « La Lettre à Elise » de Beethoven sur « I Can ». Mais il ne faut pas tout jeter à la poubelle, loin de là. On aime bien « The Lost Freestyle », « Adult Film » ou encore « War Against Love ».

Soyons clair, Nas est un intouchable (trop peut-être) et ce n’est pas nous, fans de la première heure, qui l’enfonceront jusqu’au fond du trou. Sa technique est intacte et ses qualités d’entrepreneur comme avec son label Mass Appeal sont évidentes. Mais justement, on en attend toujours plus du fait de sa stature. C’est ce qui fait la différence entre les bons et les meilleurs. Et dieux sait qu’il fait partie de la seconde catégorie.

 

 

Faites-vous votre propre opinion en écoutant ou en achetant « The Lost Tapes 2 » sur l’ensemble des plateformes.

 

 

TRACKLISTING :

01. No Bad Energy
02. Vernon Family
03. Jarreau of Rap (Skatt Attack) (feat. Al Jarreau & Keyon Harrold)
04. Lost Freestyle
05. Tanasia
06. Royalty (feat. RaVaughn)
07. Who Are You (feat. David Ranier)
08. Adult Film (feat. Swizz Beatz)
09. War Against Love
10. The Art of It (feat. J. Myers)
11. Highly Favored
12. Queens Wolf
13. It Never Ends
14. You Mean The World to Me
15. Queensbridge Politics
16. Beautiful Life (feat. RaVaughn)

Mass Appeal / Def Jam Recordings – Juillet 2019