« J’AI CRÉE TOUS LES BEATS DE « BANDANA » SUR MON IPAD » : CE SIMPLE TWEET DE MADLIB A PEUT-ÊTRE RÉSUMÉ L’HISTOIRE DE « BANDANA ». 

 

 

C’est que 5 ans séparent ce deuxième volet issu de la collaboration entre Freddie Gibbs et Madlib de son prédécesseur « Piñata ». Un éternité pour beaucoup d’entre nous qui avaient considéré ce dernier comme un excellent album. La formule coke-rap du natif de l’Indiana avec la production du génie de Stones Throw avait fonctionné pour la bonne et simple raison que les styles de ces deux artistes n’étaient peut-être pas nés pour se rencontrer.

Peu importe, on en est devenus accros et depuis 2015, ce fût un enchainement d’annonces et de (fausses) promesses qui n’ont fait que nous énerver. Nous énerver et pas nous attrister car en parallèle, le duo restait très actif en solo. Pour Gibbs : une mixtape, une pluie de featurings et surtout des soucis judiciaires suite à une plainte pour viol en 2016, finalement classée sans suite. Pour Madlib : toujours cette boulimie à la production qui le fait apparaitre dans pas mal de projets comme récemment sa contribution sur le « Oxnard » de Anderson .Paak et celui du retour de Black Star.

Et le fait que Madlib nous révèle qu’il a utilisé une tablette n’est sûrement pas étranger à tout cela. Évidement, on sait que les softwares ont considérablement évolué ces dernières années et on a déjà vu quelques artistes composer sur leur smartphone. En bon producteur qu’il est, il ne pouvait certainement pas passer à coté de telles opportunités. Le mec voyage beaucoup à l’année et ce sont des solutions de mobilité indéniables.

 

 

Ou alors, on a affaire à de la paresse… qui n’est jamais bien loin du génie finalement. Pour ceux qui ont déjà approché Madlib, ils savent qu’il a quelques drôles de réactions ou un comportement décalé parfois, en dehors d’être éméché tard dans la nuit. Sur « Crime Pays » (en version audio) par exemple, il termine le morceau avec 10 secondes d’un beat tout droit tiré de l’appli iMaschine. Oubli ou amusement de producteur, on ne saura jamais.

 

 

Mais l’important est que cela n’ait pas altéré la qualité de l’album qui est véritablement une tuerie. Et puis, si Madlib ne nous avait rien dit, on n’aurait pas vu la différence. Qui sommes nous après tout pour décider du processus de réalisation d’un artiste, surtout si on n’y connait strictement rien ? Et quand bien même le taulier de Stones Throw ait choisi un travail en mode « less is more », le résultat reste bluffant. Après tout, peu importe le moyen tant qu’on a l’ivresse. « Education » avec en invités Black Thought et Yasiin Bey, le psychédélique « Flat Tummy Tea », le MVP « Giannis » ou encore « Soul Right » ont particulièrement attiré notre attention.

 

 

Quant à Gibbs, il est égal à lui-même, voir meilleur au fil des années. Ses histoires de drogue et de violence aussi bien physiques que mentales sont toujours véhiculés par un flow tantôt brut, tantôt plus doux, mais résolument implacable. Au contraire de son coéquipier, le rappeur s’était exprimé plusieurs fois sur sa contribution à « Bandana ». Freddie ne voulait pas forcément montré sa facette la plus éclatante mais voulait plutôt nous montrer le cliché de son état d’esprit actuel, entre préoccupations de père, troubles du passé et recherche d’être le meilleur artiste possible. En somme, pour lui plus que tout autre, l’album est celui de la maturité parce qu’il ne fait que raconter sa réalité, aussi sombre soit-elle et au delà de tous les fake de l’existence d’un artiste qui recherche à briller à tout prix.

Apparemment, il serait pas loin de son accomplissement puisqu’il a révélé il y a quelques temps qu’il était déjà en train de bosser sur son prochain album solo « Montana », avec Madlib qui plus-est. Et si il laissait entendre un temps que « Bandana » allait être son dernier disque, on est presque sûr que celui-là pourrait bel et bien mettre un terme à sa carrière. Mais ceci sera une autre histoire.

L’attente de « Bandana » aura donc été longue mais à l’écoute des 15 pistes, cela valait vraiment le coup. Notre seule crainte, mais aussi notre plus grand espoir, c’est que l’attente d’un éventuel troisième volet nous fasse autant languir…

 

En attendant, profitons de notre chance en nous procurant « Bandana » sur les plateformes digitales habituelles.

 

 

TRACKLISTING :

01. Obrigado
02. Freestyle S**t
03. Half Manne Half Cocaine
04. Crime Pays
05. Massage Seats
06. Palmolive (feat. Pusha T & Killer Mike)
07. Fake Names
08. Flat Tummy Tea
09. Situations
10. Giannis (feat. Anderson .Paak)
11. Practice
12. Cataracts
13. Gat Damn
14. Education (feat. Black Thought & Yasiin Bey)
15. Soul Right

Keep Cool / RCA Records – Juin 2019