LE NOUVEL ALBUM DE LITTLE SIMZ EST LÀ EST REPRÉSENTE ENCORE UNE ÉTAPE SIGNIFICATIVE DANS LA CARRIÈRE DÉJÀ BIEN REMPLIE DE L’ARTISTE.

 

Avec 4 mixtapes, 7 EPS et désormais 3 albums, on a l’impression que Little Simz officie depuis des décennies. Pourtant, la rappeuse anglaise n’aura que 25 ans cette année et s’impose vraiment sur le devant de la scène depuis 4 ans. Même si sa première mixtape avait vu le jour en 2010 (plus des apparitions dans des séries locales à la même période), tout s’est accéléré pour elle depuis depuis peu finalement. Mais quelle accélération : un premier album « A Curious Tale of Trials + Persons » plébiscité, un deuxième album « Stillness In Wonderland » qui a emboité le pas, Kendrick Lamar qui la considère comme l’un des plus grands espoirs du rap contemporain, un son qui figure dans une campagne pour Apple, une place parmi les moins de 30 ans qui comptent pour le magazine Forbes, des premières parties pour des pointures comme Gorillaz ou Lauryn Hill, des featurings prestigieux et désormais de belles tournées sur la planète. Ça donne le tournis.

Tout cela n’est pas dû qu’à la chance. Simbi Ajikawo est douée et comprends vite les choses. Très tôt elle avait crée son propre label Age 101 pour rester indépendante et maitriser son art. Et à l’aube de son troisième album « Grey Area », elle s’apprête à conquérir enfin le monde.

 

 

La thématique de l’album tourne autour de la notion d’évolution, de croissance et (cela nous fait un peu chier d’utiliser ce terme mais) de maturité. Si Little Simz évoque ce terme de « Grey Area », ce n’est pas pour faire référence à cette zone brumeuse où l’on se perd quand on ne sait pas où l’on va, mais plutôt pour décrire les chemins inattendus qu’il a fallu prendre pour en arriver là. Depuis qu’elle a l’âge de rapper, elle a toujours su où aller et comment y arriver. Par contre, elle n’a jamais anticipé la façon dont cela allait se passer. Son parcours et sa notoriété en Europe ne se sont pas fait sans mal (elle compare cela à la croissance chez un enfant durant laquelle il pourrait avoir mal aux os) mais c’est tout de même un bon résultat jusque-là.

Les premiers extraits que nous avait soumis Simz étaient plutôt offensifs. Elle avait choisi d’attaquer d’emblée avec « Offence » et « Boss » dans lesquels elle n’hésitait pas à se considérer comme « … le plus grand phénomène et le Picasso avec un stylo… » ou comme « … Jay Z des mauvais jours », « … Shakespeare des encore pires jours » ou enfin « … la boss avec une putain de robe ». Des démonstrations de confiance qui contrastaient avec les photos d’enfants (en treillis militaire ou au milieu de corps inertes d’adultes). Des photos qu’elle avait elle-même prise et qui, on le comprend mieux maintenant, donnent un écho à l’album.

 

 

Et que dire de « Selfish » qui comme son nom l’indique, prône l’égoïsme et le gros égo. Là encore, un contraste entre les paroles et la musicalité qui fait du morceau le plus dansant du disque. Et pour mieux nous leurrer dans l’enchantement, le refrain est interprété par la voix suave de Cleo sol.

 

 

Jusqu’à maintenant, on remarquait bien que l’ensemble des observateurs lui reprochaient peut-être de ne pas être assez méchante ou encore pouffiasse pour percer parmi les plus grands, la comparant aux chiffonnières que sont les Cardi B et Nicky Minaj. Des artistes qui montrent leurs culs et parlent comme des charretières, si possible devant les caméras. Little Simz n’est pas comme ça. Et pourtant, sa vie de « merde » comme elle le dit et son appartenance à la scène underground londonienne pourraient être des preuves concrètes d’authenticité. Et on ne vous parle pas du fait qu’elle soit une femme. A l’arrivée, manquait-elle de fantaisie ou de sex-appeal ? Ce n’est pas ce qu’on lui demande. Mais c’est quand même ce qu’elle a voulu aborder sur « Venom ».

Et puis, à quoi cela sert de connaitre le succès à tout prix pour ne pas en profiter. Sur « Flowers », elle évoque le fameux « club des 27 », cette liste de stars décédées toutes à l’âge de 27 ans comme Amy Winehouse, Kurt Cobain, Jimi Hendrix, Jean Michel Basquiat ou encore Robert Johnson.

 

 

Si l’on considère que ‘Grey Area » est une thérapie, ce n’est pas forcément la sienne mais peut-être la notre. Dans un morceau comme « Therapy » justement, elle n’a aucun problème avec son sérieux, sa discrétion et son repli sur elle-même quelques fois. Elle reconnait que longtemps elle a cogité sur cette petite marche qui lui restait à franchir pour passer définitivement à la prospérité. Celle où ses détracteurs veulent la voir être. Certes, elle a haussé le ton et essayé de se rapprocher de leurs références mais tout en voulant garder son intégralité.

S’il y a thérapie pour elle, on l’a retrouvera dans sa volonté de résister à la douleur, celle d’avoir perdu un proche comme sur un des titres qu’elle a composé le jour où elle a appris sa disparition, ou celle de se relever d’une déception amoureuse (« Sherbet Sunset »).

Non, Little Simz ne sera pas là où on l’attendra absolument. Avec « Grey Area », elle aura évolué et grandit mais elle gardera ses fondamentaux. Elle aura fait un pas vers nous en nous laissant le soin de faire le notre vers elle. Un pas qui pourrait commencer par l’obtention du disque et par notre venue à sa rencontre lorsqu’elle repassera en France pour le défendre, une fois les premières dates dans son pays et sa tournée américaine terminées. Cela nous semble un deal honnête non ?

 

« Grey Area » est disponible sur toutes les plateformes.

 

TRACKLISTING :

01. Offence
02. Boss
03. Selfish (feat. Cleo Sol)
04. Wounds (feat. Chronixx)
05. Venom
06. 101 FM
07. Pressure (feat. Little Dragon)
08. Therapy
09. Sherbet Sunset
10. Flowers (feat. Michael Kiwanuka)

Age 101 – Mars 2019