C’est assez paradoxale mais les jeunes doivent davantage connaitre Ice Cube en tant qu’acteur qu’en tant que rappeur. On ne peut que leur donner raison tant O’Shea Jackson est apparu dans pas moins de 25 films ces dix dernières années (on ne compte pas son implication dans le cinéma en tant que producteur). D’autant plus qu’il a participé à d’innombrables teen movies plus ou moins réussis mais toutefois populaires (doit-on rappeler que sa première apparition était dans le légendaire « Boyz N The Hood » de 1991 ?) . Il n’y a peut-être que le biopic sur son groupe NWA « Straight Outta Compton » en 2015 qui nous a rappelé qu’il fût l’un des artistes majeurs du rap américain et plus particulièrement de la west-coast. En plus de ses activités dans le cinéma, il avait aussi investi dans le sport en créant en 2017 sa propre ligue de basketball 3 contre 3 : le « Big 3 » qui ne cesse de prospérer le temps des étés.

La fin de saison étant arrivée, on avait été surpris fin septembre de la réactivation de « Everythangs Corrupt », un projet d’album qui devait sortir il y a au moins 5 ans et qui avait fini par être repoussé sans cesse. Résultat : 8 ans nous séparent du dernier opus de Ice Cube (« I Am The West ») et peut-être depuis encore plus longtemps du dernier de ses grands albums…

 

« EVERYTHANGS CORRUPT » : ICE CUBE N’A PAS RATÉ SON RETOUR

 

Reste à savoir si « Everythangs Corrupt » renoue avec le grand Ice Cube, celui qui avec notamment « AmeriKKKa’s Most Wanted«  était capable de secouer l’Amérique avec des paroles corrosives (autant que misogynes à l’époque) envers le gouvernement et toutes les institutions en place. Aujourd’hui, il est vrai que l’élection de Trump qui a décomplexé les suprématistes blancs et les violences policières sont autant de raisons pour qu’il participe à son tour (peut-être tardivement) à une ère propice aux meilleurs disques de rap.

A ce niveau, « Good Cop Bad Cop » était bien dans le ton. Ce titre avait été révélé en 2017 avec deux autres inédits pour la célébration des 25 ans de « Death Certificate », son deuxième opus solo. D’après Ice Cube, le titre est la version moderne du « Fuck The Police » de N.W.A, rien que ça. Le message y est moins violent mais le rappeur invite tout de même la police a faire le ménage dans ses propres rangs.

 

 

Sur « Arrest The President », il s’attaque au plus haut rang de l’état en faisant un lien entre le président et les fachistes blancs. Sans nommer clairement Donald Trump, on imagine sans mal que ce dernier est visé. Il demande son arrestation du fait des preuves évidentes qui l’accablent dit-il et il va même jusqu’à l’accuser d’être un agent à la solde des russes. Tout cela nous amène à penser que l’album d’origine a dû être modifié avec de nouveaux tracks collant plus à l’actualité. On attendait la réaction de Ice Cube face aux années Trump, elle est là.

 

 

Et que dire du titre éponyme « Everythangs Corrupt » dont le nom est sans équivoque ? Là est l’essence de la position de base de l’artiste (et sa paranoïa) : tout est corrompu, du système d’éducation au gouvernement en passant par les instances religieuses.

 

 

Au delà de son ADN « gangsta contestataire » se cache aussi un homme qui a traversé les 20 dernières années dans l’entertainment américain, foulant aussi bien les tapis rouges, les salles de basket que les trottoirs de son quartier d’enfance de South Central. O’Shea est bien conscient de son parcours en tant qu’artiste et surtout en tant qu’homme. Une orientation, un destin qu’il évoque sur « Can You Dig It? » en retraçant les décennies de son existence avec chaque fois leurs références culturelles. Ce parcours a laissé des traces et un héritage résolument. « Streets Shed Tears » est en soi une ode à sa propre œuvre. Une idée qui est aussi renforcée par « Ain’t Go No Haters » où il affirme ne plus avoir d’ennemis, que des partisans. A noter que ce dernier morceau bénéficie du renfort de Too Short, seul invité du disque.

 

 

Enfin, aux invectives, il est nécessaire d’y rajouter le style purement californien. Celui qui a tellement abreuvé le gangsta rap des snoop, Dre et cie. « That New Funkadelic » se veut être le nouvel hymne de la cote ouest, basé sur la funk originelle. C’est le producteur T-Mixx qui s’est chargé de composé le track et le clip a tous éléments psyché qu’il faut. A intégrer dans votre playlist du jour de l’an.

 

 

Soyons clairs. « Everythangs Corrupt » est loin d’un « AmeriKKKa’s Most Wanted » et même d’un « Lethal Injection » car contrairement à ses prédécesseurs, il ne s’écoute pas dans son intégralité. Certains titres de l’album ne sont pas forcément dignes d’intérêt. Mais le disque, lui, reste bon quand on sait que l’époque est différente et que Ice Cube a pris de la bouteille comme tout à chacun. Et si les jeunes ne réalisent pas sa stature de rappeur face à celle d’acteur ou de promoteur de basketball, ils pourront peut-être commencer par cet opus avant de remonter à la genèse des années 80 et 90.

 

L’album « Everythangs Corrupt » vous attend sur les plateformes habituelles.

 

« EVERYTHANGS CORRUPT » : ICE CUBE N’A PAS RATÉ SON RETOUR

TRACKLISTING :

01. Super OG (Intro)
02. Arrest The President
03. Chase Down The Bully
04. Don’t Bring Me No Bag
05. Bad Dope
06. On Them Pills
07. Fire Water
08. Streets Shed Tears
09. Ain’t Go No Haters (feat. Too Short)
10. Can You Dig It
11. That New Funkadelic
12. One For The Money
13. Still In The Kitchen
14. Non Believers
15. Everythangs Corrupt
16. Good Cop Bad Cop

Lench Mob / Interscope – Décembre 2018

 

 

Share This