Il est définitivement loin le temps où on l’appelait Breezy Lovejoy. Anderson .Paak est dans la partie depuis 2012 mais ne connait une notoriété (certes fulgurante) que depuis 3 ans. Un succès tardif somme toute mais qui est expliqué par quelques années de galère pendant lesquelles il n’a pas lâché l’affaire, même à l’époque où il s’était retrouvé à la rue avec sa femme et son fils, se faisant aider financièrement par Shafiq Husayn du groupe Sa-Ra. Enchainant des boulots dans l’audiovisuel et la musique, il s’était ensuite fait remarquer. Un grand sourire, un brin fantasque, une voix légèrement cassée mais si soulful et jouant de la batterie et du piano, tout était réuni pour qu’il connaisse un destin.

Mais un destin, cela se force. Anderson .Paak n’est jamais resté sans rien faire. Ses premiers albums et ses EPs de reprises ont suscité l’intérêt de plusieurs personnes. Et 2015 fût l’année de l’avènement avec sa collaboration avec Knwxledge sous la bannière de Nxworries qui avait généré un ou deux titres remarquables avant de sortir cette année-là l’EP « Link Up & Suede » suivi de l’album « Yes Lawd! » l’année suivante. Et durant l’été 2015, la consécration vint grâce à sa participation sur pas moins de 6 titres de l’album « Compton » de Dr Dre. L’énorme carrière d’artiste était enfin lancée avec une entrée fracassante dans la cours des grands. Place qu’il a tout de suite voulu conserver dès janvier 2016 avec son premier album en tant que Anderson .Paak : « Malibu ». un disque qui lui valut des nominations en tant que meilleur nouvel artiste ou meilleur album dans les principales cérémonies musicales que sont les Grammy Awards, les BET Hip Hop Awards ou encore les Soul Train Music Awards.

Deux ans plus tard, après une tournée à la batterie dans le groupe de Bruno Mars et des apparitions sur des titres de Schoolboy Q, Mac Miller, The Game ou Kendrick Lamar sur la BO de « Black Panther », on pouvait se demander comment le chanteur allait faire perdurer son aura et sa notoriété. La barre était déjà bien haut. Accrochez-vous, voici « Oxnard ».

 

 

Tout commence par du teasing et quel teasing !? Des photos qui en feraient pâlir plus d’un. Avec Dr Dre en studio en premier lieu puisque le célèbre producteur avait fini par rapatrier .Paak sous son giron. Ensuite Kendrick Lamar et Q-Tip pour nous achever. Rien que ces 3 noms suffisaient à nous faire saliver. D’ailleurs le casting de l’ensemble est tout aussi excitant. En tout état de cause, une excellente base pour nous faire espérer le meilleur.

 

 

Et le meilleur, nous l’avons bien eu avec « Oxnard ». Rien n’est à jeter ou presque. A commencer par les méga stars justement. On retrouve Lamar sur « Tints » qui est le morceau dansant à la cool de l’album comme l’avait été « Am I Wrong » sur « Malibu ». L’intervention de K-Dot n’est pas extraordinaire mais le morceau est plutôt efficace. On a vraiment l’impression que la musicalité est à mi-chemin des univers de chaque artiste.

 

 

De son coté, Q-Tip nous fait lâcher une petite larme quand il évoque la disparition de son comparse Phife Dawg sur « Cheers ». Au passage le morceau, qui figure parmi notre top 3 de l’opus, est typiquement un titre qui doit prendre toute sa valeur en live tant il contient des rebonds bien funky. Q-Tip lui intervient dans une sorte d’outro jazzy qui n’est pas pour nous déplaire. Quant à Dre, il reste plutôt discret en partageant le featuring avec la rappeuse Cocoa Sarai sur « Mansa Musa » dont le rythme alambiqué n’a pas vraiment retenu notre attention.

 

 

Et pourtant, notre préférence s’est dirigée vers pas mal de morceaux. A commencer par « The Chase » dont la production racée est de l’acabit de ce que peut faire de mieux un Adrian Younge. Une intro idéale pour l’album entre blaxploitation, sonorités psychédéliques et jazz fusion. Un écrin où se balade la voix de l’étoile montante Khadja Bonet.

En règle générale, si la présence d’artistes confirmés comme J Cole, Snoop Dogg, BJ The Chicago Kid ou encore Pusha T sont appréciables sur des morceaux très corrects, ils ne servent que de faire-valoir et d’adoubement. Les meilleurs sont sûrement ceux où Anderson .Paak intervient seul. C’est le cas sur « 6 Summers » et « Saviers Road » (tout de même produit par 9th Wonder) sur lesquels sa prestation est une alternance permanente entre chant et flow rap. Dans le même registre, on regrette un peu l’absence du titre « Bubblin » (révélé en mai) qui aurait bien complété la prestation en solo.

 

 

Beaucoup diront que « Oxnard » n’est pas à la hauteur de « Malibu ». C’est peut-être vrai mais il faut replacer le contexte. Sur le précédent album, il y avait l’élan de la découverte et en soi, le disque avait répondu aux attentes avec un ensemble plutôt cohérent et quelque part « linéaire ». Pour le nouvel opus, c’est la confirmation qui est en jeu. Anderson .Paak y déverse toute sa créativité et ses nouvelles envies. Il laisse également un champ large d’initiatives à ses producteurs, la plupart choisis par Dr Dre parmi quelques inconnus pour ainsi dire.

« Oxnard » est plus décousu parce que pluriel et du coup plus riche par définition. Il représente plus la pluralité du chanteur qui reste résolument un des artistes phares du moment pour le public et pour ses contemporains. A deux mois de la nouvelle année, on est quasiment certain de le voir citer dans votre sélection des meilleurs albums de l’année. On se trompe ?

 

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TRACKLISTING :

01. The Chase (feat. Kadhja Bonet)
02. Headlow (feat. Norelle)
03. Tints (feat. Kendrick Lamar)
04. Who R U
05. 6 Summers
06. Saviers Road
07. Smile / Petty
08. Mansa Musa (feat. Dr Dre & Cocoa Serai)
09. Brother’s Keeper (feat. Pusha T)
10. Anywhere (feat. Snoop Dogg & The Last Artful Dodgr)
11. Trippy (feat. J Cole)
12. Cheers (feat. Q-Tip)

Aftermath – Octobre 2018