La grande question qu’on peut se poser est de savoir si un artiste est meilleur quand il est dans la souffrance ou à l’inverse quand il est heureux. Quand Mac Miller avait sorti « Divine Feminine » il y a deux ans, il nageait dans le bonheur avec comme muse, sa petite amie Ariana Grande. Du coup, l’album était bon avec des tubes comme « Dang! » avec Anderson .Paak.

Mais la chanteuse de poche s’est barrée plus tôt dans l’année, évoquant une relation toxique, faisant allusion à la relation fâcheuse qu’avait son mec avec la dope. Avec cette rupture, Mac Miller déprime et il enchaine les mésaventures comme son arrestation récente pour conduite en état d’ivresse. Mais il n’a pas lâché la musique pour autant. L’album « Swimming » est sorti et est imprégné de l’état d’esprit du rappeur de Pittsburgh de ces derniers temps. Dans une sorte de confusion des émotions certes (le titre ayant été choisi à la roulette russe sans se soucier de coller avec l’artwork). Mais on va bien voir s’il est meilleur que le précédent.

 

« SWIMMING » : MAC MILLER DIGÈRE SA RUPTURE AVEC ARIANA GRANDE

 

Sans le savoir, « Small Worlds », qui avait été révélé en mai avec deux autres tracks (« Buttons » et « Programs »), était le véritable premier extrait de « Swimming ». Et déjà ça sentait bien la loose avec des paroles très introspectives. Un point sur sa vie qui s’ouvre tout de même vers la volonté de réagir : « Oh, I been a fool but that’s cool, that’s what human beings do. Keep your eyes to the sky, never glued to your shoes. Guess there was a time when my mind was consumed but the sun coming out now, clouds start to move… ».

 

 

Et que dire de l’étouffant clip de « Self Care » (coécrit par Blood Orange) où l’on retrouvait le rappeur enfermé vivant dans un cercueil comme dans « Kill Bill ». A l’identique de l’héroïne du film de Tarantino, Miller a une torche mais reste cool au point de fumer une clope. Avant de se libérer à coup de poing, il prend le temps de graver au couteau « Memento Mori » (« Souviens toi que tu vas mourir »), qui est la morale de cette histoire. Au plus haut que soit tout homme, il reste mortel et peut retomber à n’importe quel moment. Encore une fois, sûrement une référence à sa rupture. Néanmoins, lorsqu’il sort de la boite, il est au sommet d’un tas de terre, une allégorie de la renaissance du phénix de ses propres cendres. Et pour corser le tout, tout commence à exploser autour de lui mais le mec tient debout. Si on n’y voit pas là sa volonté de rebondir…

 

 

Tout tourne autour de Ariana Grande. Le rappeur ne s’en cache pas. Mais il reste en lui un égo avec lequel il tente de masquer son désespoir derrière une nonchalance et une décontraction de facade. On a pu le remarquer dans son attitude au moment de nous partager « Inertia » deux jours auparavant. Une session live pour teaser l’album (mais qui ne figurera pas dans la playlist définitive) dans laquelle il prend son temps pour régler ses instruments, cigarette à la bouche. Mais ce qui suit est d’une grande qualité.

 

 

Si « Swimming » est résolument plus sombre et mélancolique que « Divine Feminine », il a cependant poussé Mac Miller à puiser dans toutes les formes d’expression qu’il a à sa disposition, du rap triste au chant plaintif. Ce qui en somme est un bon point pour qui veut trouver le plus d’ambiances possibles sur un disque. On aime bien le coté ballade désenchantée sur « So It Goes », l’ambiance funky de « Ladders », la complainte nostalgique de « 2009 » et aussi l’entrainant « What’s The Use ? » sur lequel participent Thundercat (avec qui Miller part en tournée nord américaine aux cotés de J.I.D) ainsi que Syd et Snoop Dogg aux chœurs.

Même si ces derniers font une apparition discrète, c’est qu’il y a une volonté de Miller de rester le seul intervenant. Lui qui est plutôt dans la conversation avec nous autres, c’est un discours introspectif et personnel, recentré sur lui-même et ses maux, qui prévaut. Thundercat, Syd et Snoop sont là comme des potos proches venant le soutenir d’une main sur l’épaule.

 

 

Si on pratique la langue de bois, on dirait que le nouvel opus est différent que celui de 2016. Pourtant, son homogénéité autour de l’amour perdu donne une une cohérence de l’ensemble tout en contenant des variations intéressantes. Cependant, on regrettera peut-être l’absence d’une ou plusieurs tubes, quelque chose de fédérateur au delà du thème de la remise en question après une déception amoureuse que nous avons tous vécu.

En conclusion, s’il faut déterminer la valeur de l’album, « Swimming » n’est pas loin de surpasser « Divine Feminine ». Et vous savez ce qui a d’intéressant dans tout cela ? C’est qu’une fois la séparation digérée, que le rappeur aura trouver une nouvelle égérie, qu’il repartira peut-être dans quelques de ses addictions, il y aura une forte chance que le prochain disque sera une tuerie.

 

L’album « Swimming » est disponible sur toutes les plateformes de téléchargement légal.

 

 

« SWIMMING » : MAC MILLER DIGÈRE SA RUPTURE AVEC ARIANA GRANDE

TRACKLISTING :

01. Come Back To Earth
02. Hurt Feelings
03. What’s The Use ?
04. Perfecto
05. Self Care
06. Wings
07. Ladders
08. Small Worlds
09. Conversation Pt 1
10. Dunno
11. Jet Fuel
12. 2009
13. So It Goes

Warner – Août 2018

 

 

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