Dieu sait que l’écurie de First Word Records regorge d’artistes talentueux qu’on aime beaucoup. Tout d’abord, les amis frenchies que sont Souleance et Quiet Dawn, puis les excellents Eric Lau, Tall Black Guy, Essa et autres Kidkanevil. Un catalogue de choix qui représente bien ce qu’un label anglais à de meilleur à nous proposer dans les tendances groove et beats music.

Mais de mémoire, et sans faire offense aux autres, aucun n’a autant suscité la « fierté » de la maison de disques que Children Of Zeus, duo venu de Manchester et composé de Konny Kon and Tyler Daley. Parce qu’avec quelques singles et un EP (contenant de vieilles prods d’une décennie passée), les mecs ont réussi à nous tenir en haleine durant les 3 premières années de leur existence en tant que groupe, accrochant au passage l’intérêt d’artistes de renom comme Pete Rock et Zed Bias.

Dans une période ou le jazz connait un nouvel âge doré en Angleterre, ils prouvent que le mélange du hip hop et de la nu-soul fait toujours autant d’émules. Et l’album « Travel Light », disponible en ce début d’été, en est probablement l’étendard.

 

« TRAVEL LIGHT » DE CHILDREN OF ZEUS : DROIT DEVANT !

 

Sur l’EP « The Story So Far… » (octobre 2017), Children Of Zeus avaient à cœur de mettre sur la table tout ce qu’ils avaient réalisé jusque-là, des premiers jets à deux en passant par des anciennes réalisations individuelles. Il ne s’agissait pas de faire table rase de leur passé mais plutôt de le marquer définitivement dans le temps pour pouvoir passer à la suite. C’était aussi l’occasion pour eux de se présenter à ceux qui prenaient le wagon en marche. Une sorte de bagage oublié volontairement. Avec « Travel Light », les phares sont pointés vers la route à suivre. Et à l’issue de la longue digestion ces 3 dernières années, il semblerait que les « rôles » se soient déterminés autant que les sonorités se soient affinés.

Il y a tout d’abord la voix de Tyler Daley qui nous rappelle toute la finesse et le groove d’un Raphael Saadiq. Lui même rappeur à l’origine, il s’est affirmé au fil du temps comme l’expression vocale la plus pure et la plus emblématique de ce que produit Children Of Zeus. On ne parle pas de prouesse vocale mais il réussit à être juste du début jusqu’à la fin, que ce soit en lead ou en chœur. Dans ce registre, on retiendra des morceaux comme « The Story So Far… » et « Slow Down ».

 

 

Ensuite, nous avons Konny Kon, qui assure la majorité des prods. Pour « Travel Light », il a réussi à nous soumettre un bel éventail de sonorités RnB, soul, hip hop, jazz et même très discrètement reggae (sur « Sling Shot Riddim »). L’éventail est large avec des rythmiques RnB, des nappes au Rhodes, quelques cuivres par – ci par – là, des scratchs bien placés et des beats un plus appuyés, surtout sur les morceaux où il intervient avec son flow (« Respect Mine », « Daddy’s Car » ou « Kintsugi »), nous rappelant que le projet est à deux échos et que les mancuniens peuvent aussi appuyer sur les traits.

 

 

Et que dire à propos du titre de clôture « Vibrations (Divine Signature) », track de 8 minutes qui contient toute l’essence d’artistes typiquement UK, bercés à la fois par la soul originelle comme le hip hop et aussi la scène underground. Certes, le morceau est smooth mais il détient tous les éléments du jazz, du broken et de la house. Un savant mélange de genres qui est propre à nos amis d’outre – Manche.

 

 

Coté invités, Children Of Zeus ont voulu rester en famille et mettre en lumière des collaborateurs de longue date. Les potes que sont DRS (avec qui Konny Kon avait fondé Broke ’n’ £nglish) et KSR sur « All On You » et la jeune et talentueuse LayFullStop (qui pour la petite histoire est diplômée en criminologie) sur « Fear Of A Fat Planet ». Tous sont les étendards de la nouvelle scène de Manchester derrière une IMDDB. Il n’y a que la plus expérimentée chanteuse RnB Terri Walker (ex Lady) qui est originaire de Londres (« Sling Shot Riddim »).

Moins visibles mais essentiels à la production, des beatmakers et DJs d’ailleurs ont été sollicités : le suisse Sebb Bash (adoubé par Alchemist), le natif de Nottingham Jugga-Naut, le londonnien Beat Butcha (qui a collaboré avec de gros noms du rap ricain) et l’excellent Mr Thing. Tous partagent une véritable approche hétéroclite du groove à l’anglaise.

 

 

A l’écoute, « Travel Light » brille d’une homogénéité absolue. Les 13 pistes de l’opus peuvent s’écouter à la suite sans rupture tant l’alchimie est là. Il est vrai que plusieurs sons nous renvoient aux 90s des Badu, Roy Hargrove et autres Raphael Saadiq, mais il y a une multitude de détails qui font du disque une réalisation tout à fait moderne. Désormais, les Children Of Zeus ne regarderont que devant eux et c’est avec un grand plaisir qu’on les attendra sur la route.

 

L’album « Travel Light » est disponible partout et en l’occurrence sur le Bandcamp de Children Of Zeus.

 

« TRAVEL LIGHT » DE CHILDREN OF ZEUS : DROIT DEVANT !

TRACKLISTING :

01. The Story So Far…
02. All On You (feat. KSR & DRS)
03. 360°
04. Slow Down
05. Hoodman2Manhood
06. Kintsugi
07. The Heart Beat
08. Fear Of A Fat Planet (feat. LayFullStop)
09. Hard Work
10. Sling Shot Riddim (feat. Terri Walker)
11. Respect Mine
12. Daddy’s Car
13. Vibrations (Divine Signature)

First Word Records – Juillet 2018

 

 

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