Dans les années 90, le Wu Tang Clan avait révolutionné le monde du hip hop à bien des égards dès son entrée dans le jeu. Musique et imagerie empruntées à la culture Shaolin bien évidement mais aussi avec cette formation chorale composée d’un dizaine de personnes avec chacune d’entre elles une personnalité bien particulière. Sous la houlette de RZA, chaque membre avait son style et développait son image et son rôle au sein du collectif.

U-God, lui, était le soldat, discipliné, précis et parfois bourru. Malgré lui, il fût relégué au second plan, laissant certains autres éclater au grand jour. C’est parce que Lamont Hawkins fit des séjours en prison à des périodes clés de la carrière du Wu : tout d’abord pendant les sessions d’enregistrement du premier album (il avait pu sortir pour poser quelques couplets mais n’était pas vraiment prêt ainsi que satisfait de sa prestation) et puis à diverses étapes dans l’ascension populaire du groupe. Ce sont sûrement ces « rendez-vous » manqués qui ont forgé sa discipline et son implication dans le groupe pendant les années qui suivirent, notamment pour assurer les interviews et autres sollicitations que personne ne voulait faire. Abnégation mal récompensée selon lui lorsqu’il décida récemment d’attaquer en justice ses potes en leur reprochant de ne pas avoir touché de royalties pendant 6 ans (incluant les 2 millions de dollars suite à l’achat de l’album à édition unique « Once Upon A Time In Shaolin » par Martin Shkreli).

C’est dans ce contexte qu’est sorti « Venom », 5ème album solo qui suit de près la publication de son autobiographie « Raw : My Journey Into The Wu Tang » sorti il y a quelques jours.

 

« VENOM » DE U-GOD : DUR DE S’ÉMANCIPER DU WU TANG

 

Il est clair qu’une cassure s’est produite. Une cassure uniquement entre RZA et U-God. Même si le premier a récemment répondu sobrement aux invectives du second, Hawkins semble toujours faire partie du Wu Tang. De toute facon, comment pourrait-on virer ne serait-ce que l’un d’entre eux. A l’instar de tous les autres, Golden Arms a une voix et un style reconnaissable entre mille. Mais c’est plutôt au niveau de la prod qu’on pouvait se poser des questions. Intenter un procès au Wu et écrire sa vérité sur le groupe ne sont pas des actes anodins. C’est musicalement que U-God doit aussi se détacher. Mais en est-il capable ou en a t’il l’intention ? L’aura collectif des potes de Staten Island ne peut que le servir après tout. Et il en profite bien évidemment. Ce qui peut paraitre assez paradoxal dans sa démarche après un livre avec des parties à charge contre RZA.

En tout cas, plus de RZA dans la prod qui est confiée à des collaborateurs comme DJ Homicide, Jose Reynoso, Large Professor, Lord Finesse ou encore Green Lantern qui signe également un remix de « Venom » en guise de bonus track. A priori, la plupart ne sont pas tombés dans le piège du « c’est U-God, je vais lui faire une instru à la Wu Tang ». Bien sur on va retrouver des atmosphères épiques comme sur « Exordium » (prod de Ill Tall qui avait répondu à une annonce sur Twitter publiée par Hawkins en 2013), « Legacy » ou encore « Whole World Watchin ».

Pour le reste, on a quelques morceaux qui sonnent typiquement New-York : « Bit Da Dust », « Climate » ou « Wisdom » rappellent les origines du rappeur et de ses beatmakers. Et puis, on remarque enfin certains tracks qui sortent un peu de l’univers artistique de U-God avec des recherches mélodiques qui tranchent un peu avec l’aspect robotique de son flow (« Elegance », « Felon »).

Coté invités au micro, on a sans surprise les participations du cousin Method Man, des équipiers du Wu Inspectah Deck et Raekwon ainsi que des jeunes pouces comme Nomadiq et Scotty Wotty qui de part son style de rapper, est un copier-coller de l’école de Staten Island.

Et on ne finira pas cet article sans parler de « Epicenter », titre choisi pour être clipper de part le nombre de featurings le plus fourni du disque. Juste pour dire que, non seulement ce n’est pas le meilleur titre de l’album mais c’est l’un des plus clips les plus dégueulasses qu’on ait vu depuis un moment. Voilà c’est dit.

 

 

L’histoire de U-God se sera peut-être jalonnée de rendez-vous manqués mais il ne restera pas pour autant la dernière roue du carrosse. Les sorties quasi-simultanée du bouquin et du disque lui offrent une double actu. Bien que « Venom » soit nettement meilleur que le précédent « Keynote Speaker » et constitue un album honnête, on pariera quand même sur l’intérêt du livre.

 

« Venom » est disponible sur l’ensemble des plateformes légales.

 

 

« VENOM » DE U-GOD : DUR DE S’ÉMANCIPER DU WU TANG

TRACKLISTING :

01. Exordium (Produced by ILL TAL)
02. Unstoppable (Produced by Powers Pleasant)
03. Epicenter f Raekwon, Inspectah Deck and Scotty Wotty (Produced by Green Lantern)
04. Bit Da Dust (Produced by DJ Homicide & Jose Reynoso)
05. Elegance f. Nomdiq (Produced by Green Lantern)
06. Climate (Produced by Jose Reynoso)
07. Venom (Produced by DJ Homicide & Jose Reynoso)
08. Felon (Produced by Large Professor)
09. Legacy (Produced by DJ Homicide & Jose Reynoso)
10. Whole World Watchin’ (Produced by Lord Finesse, The Bossmen, K Ford & Davel McKenzie)
11. XXX f. Method Man (Produced by DJ Homicide)
12. Jackpot f. Scotty Wotty (Produced by DJ Homicide & Jose Reynoso)
13. Wisdom (Produced by Jose Reynoso)
14. Venom (DJ Green Lantern remix – bonus)

Babygrande Records – Mars 2018

 

 

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