Fin 2016, Common connait une période fast. Oscarisé (avec John Legend) pour « Glory », extrait de la BO du film « Selma », il sort surtout son album « Black America Again », manifeste contre les violences policières envers la communauté noire américaine et alerte sur le danger des idées rétrogrades incarnées par le candidat républicain Donald Trump.

Parmi les titres de cet excellent disque, « Letter To The Free » représentait parfaitement l’intention du rappeur (il fut également repris dans le documentaire « 13th » de Ava DuVerney et gagna lui-même un prix), dans les textes et en image avec un clip d’une grande profondeur. Morceau dans lequel participaient Robert Glasper et Karriem Riggins qu’on avait également vu aux cotés de Common dans une session « Tiny Desk » à la Maison Blanche pour NPR.

La légende voudrait que le projet de August Greene (nom tiré de la période des années 90 durant laquelle Common et Glasper se sont rencontrés), le « super groupe » qu’ils composent tous les trois, soit né ce jour là. Toujours est-il que plus d’un an plus tard, leur disque éponyme est dans les bacs.

 

AUGUST GREENE : BLACK IS BEAUTIFUL

 

On pourrait tomber dans la facilité en disant que la mode est au super groupes. Que ce soit August Greene ou encore The Prophets of Rage (composé de Chuck D, de musiciens de Rage Against The Machine et de B-Real de Cypress Hill), ces rassemblements de all-stars naissent en vérité de la nécessité de militer, de résister. Du fait du parcours engagé de Common et de l’exercice au pouvoir de Trump, le projet August Greene ne peut être que le prolongement de « Black America Again ». Son message : tout ce que peut apporter de bon la fierté noire dans notre monde.

Et pour introduire ce message et l’album, quoi de plus naturel que d’avoir choisi le titre bien nommé « Optimistic » en février. Cette reprise du groupe gospel Sound of Blackness comporte la participation de la chanteuse Brandy, star du RnB dans les années 90. Le clip qui en est tiré met en scène symboliquement des personnalités de la ville de Jackson dans le Mississippi : un militant pour le droit de vote des noirs dans les années 60, une vétéran de l’activisme noir américain, une ancienne banquière reconvertie dans l’agriculture responsable, une troupe de théâtre portée vers l’excellence artistique, le maire de la ville de Jackson Chokwe Antar Lumumba élu en 2017 et des enfants de la ville affublés du drapeau afro-américain (le vert, rouge et noir).

 

 

Quelques jours plus tard, Common, Glasper et Riggins revenaient faire une session « Tiny Desk » pour présenter d’autres morceaux du disque. Et c’est là où on a pu voir toute la puissance du projet. Dans l’effectif déjà. Il est vrai que August Greene est incarné par le trio le plus célèbre, mais autour d’eux se trouvent des musiciens émérites (qui complèteront peut-être la formation pour les éventuels concerts à venir) : le bassiste membre du Robert Glasper Experiment Burniss Travis et DJ Drummy. Et puis, on a pu découvrir les invités que sont le pianiste de jazz – compositeur – rappeur Samora Pinderhughes (sur la projection post Obama « Black Kennedy » et la reprise de Nirvana « Let Go »), la chanteuse néo-soul Maimouna Youssef (sur « Practice »), celle qui a osé s’allonger sur le tapis rouge des Oscar Andra Day (sur « Stand Up For Something »).

 

 

Common se réserve aussi des sorties très personnelles. Cette introspection dont il nous a toujours habitué. Ce qui laisse présager qu’il est l’initiateur du projet, à défaut dans être le leader. Dans « Fly Away », il est question de ses relations avec les autres pendant toutes ces années avec un clin d’œil à différentes femmes de sa vie. Sans jamais les nommer, on devine facilement les identités de l’actice Taraji P. Henson, la joueuse de tennis Serena Williams et bien sûr l’icône Erykah Badu.

 

 

Mais hors de question de laisser Robert Glasper et Karriem Riggins sur le carreau. L’instrumentation est bien sûr à leurs mains mais ils se devaient d’avoir des espaces d’expression. Comme sur « No Appologies » où on a l’impression que leur ami rappeur doit suivre le rythme soutenu des deux musiciens. Ou encore sur « Aya » qui est le seul morceau instrumental de la playlist et qui leur a permis de se mettre en mode jam gentillet.

 

 

Pour finir, il manquait le regard vers l’avenir et la transmission des sujets chers aux yeux de Common. Dans son style discours sur fond de piano larmoyant, il narre des conversations avec la jeune génération dans « Piano Interlude ». De ces discussions, le rappeur laisse plusieurs questions en suspens comme pour les laisser apporter leurs propres réponses dans le futur.

 

Voici ce dont est composé cet album réalisé par un super groupe qu’on espère aucunement éphémère. Là où « Black America Again » avait ravivé les consciences, « August Greene » prend la relève en mettant en avant l’excellence de ce que peuvent fournir des afro-américains. En dehors de ça, la musique est délicieuse.

 

L’album « August Greene » n’est disponible que sur Amazon.

 

AUGUST GREENE : BLACK IS BEAUTIFUL

TRACKLISTING :

01. Meditation
02. Black Kennedy (feat. Samora Pinderhughes)
03. Let Go (feat. Samora Pinderhughes)
04. Practice (feat. Samora Pinderhughes)
05. Fly Away
06. Aya
07. Piano Interlude
08. No Apologies
09. The Time
10. Optimistic (feat. Brandy)
11. Swisha Suite

Amazon Music – Mars 2018

 

 

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