Le 8 août 2015 disparaissait Sean Price à l’âge de 43 ans, officiellement dans son sommeil dans son appartement de Brooklyn. Une mort soudaine qui avait laissé tout le monde pantois tant le membre du Boot Camp Clik était plus que jamais dans le présent et le futur. Pour preuve la sortie peu après de « Songs In The Key of Price » qui contenait une trentaine de morceaux qu’il avait sous la pédale. En soi, cet album constituait son œuvre posthume à l’époque.

C’était sans compter la volonté de son label Duck Down de faire perdurer l’esprit de son poulain à travers le temps. Un temps limité bien évidemment mais qui garde toute sa valeur deux ans après la disparition de Ruckus. L’héritage prend forme aujourd’hui par un opus de 16 titres définitivement calibrés pour représenter un vrai ensemble.

 

« IMPERIUS REX » DE SEAN PRICE : EMPEREUR À TITRE POSTHUME

 

Chronologiquement, c’est « Definition of God » qui fût le premier extrait révélé en mars. Si cette production de Stu Bangas (les scratchs sont assurés par Vega Benetton) n’est franchement pas notre préférée, le morceau avait au moins le mérite d’introduire l’album avec fracas et l’arrogance d’un boss. C’est au niveau de l’imagerie que le message fût encore plus fort. Le profile de Sean P sur une pièce de monnaie représentation son élévation au panthéon du hip hop, du moins pour Duck Down surfant sur l’émotion toujours aussi grande de la disparition du rappeur.

 

 

La notion de roi s’est définitivement installée avec le deuxième extrait du même nom que l’album. « Imperius Rex », produit par The Alchemist, était accompagné d’un clip qui avait repris l’imagerie du roi singe, personnage de prédilection de P. Un king kong en milieu urbain qui se bat contre ses ennemis de la police. C’est dans la dernière scène qu’on a eu l’aperçu de ce qui allait être la pochette du disque : l’artiste prenant la place d’Abraham Lincoln au mémorial de Washington. Une scène qui n’est pas sans rappeler le final du film « La Planète des Singes » avec Mark Whalberg en 2001. Encore un signe de puissance et de suprématie délivré par la team Duck Down.

 

 

Toujours dans le délire primate, on passe du king kong au singe relou et violent (parce qu’en captivité) dans le clip de « Dead or Alive » qui est tout chaud démoulé d’aujourd’hui, jour de sortie de l’album. On y voit entre autres Bernadette Price, sa femme (qui apparait aussi sur « Family Price »), assurer le refrain en rap et Michael Rapaport en journaliste condescendant qui lâche un « so they let the monkey run free han ? » de toute beauté. Ici aussi, on retrouve cette idée de libération du singe qui deviendra ensuite souverain sur terre.

 

 

Quittons un instant la planète des singes et tournons nous maintenant vers « Clans & Cliks », sûrement le prolongement du « Clan’s, Posse’s, Crew’s & Click’s » de Heltha Skeltha sur l’album « Noctural », premier opus du duo que Sean P formait avec Rock. Toujours est-il que le morceau est une réussite. On ne saura dire si cela est dû à la présence de Smif N Wessun, autre membre du Boot Camp Clik, de Rock (aussi de la partie) ou des membres éminents du Wu Tang que sont Method Man, Raekwon et Inspectah Deck. En tout cas, l’instrumentation nous rappelle bien l’univers du Wu qui aurait rencontré celui du quartier de Brownsville.

 

 

Autre invité de marque, MF Doom apparait sur « Negus » (aux cotés de Ike Eyez). Ce morceau avait été divulgué hier dans le projet du rappeur masqué « The Missing Notebook Rhymes » chez Adult Swim. Son hommage à son ami en avant-première pour ainsi dire.

 

 

Et que dire du trio éphémère que Sean Price forme avec Prodigy et Styles P sur « The 3 Lyrical Ps » ? Un trio qui comme vous le savez, a été amputé du membre de Mobb Deep le mois dernier à cause d’un œuf. Sur une instrumentation simple mais efficace de Harry Fraud, spécialiste du hard knocking beats, les trois « P » se succèdent au micro. Dans le top 3 de l’album pour nous.

 

 

Pour compléter le podium justement, on choisirait « Refregirator P! » produit par Dan The Man. Dans une ambiance un peu saturée, on ne peut qu’apprécier l’intro épique et cette bass psychédélique omniprésente dans le morceau.

 

 

Mention spéciale à « Rap Professor » qui malgré qu’il fasse partie de « Imperius Rex », était un single datant de l’année dernière en tant qu’inédit produit par DJ Skizz. Peu importe, on a toujours autant de plaisir à ré-écouter l’instrumentation blaxploitation (une bass marchante) et jazz – funk au refrain. Beaucoup trop de style pour ne pas l’intégrer dans la tracklist.

 

 

Pour célébrer les deux ans de la disparition de Sean Price, on peut dire que Duck Down a mit les petits plats dans les grands. On peut dire aussi que l’album en est un vrai avec de quoi s’en mettre sous les dents sans tomber dans l’hommage de trop. Pour compléter le tout, des coffrets spéciaux sont disponibles ainsi qu’un livret de 84 pages avec des photos inédites de l’artiste. La totale peut aller jusqu’à 122 euros quand même.

 

L’album « Imperius Rex » est disponible partout en digital et en physique sur le site de Duck Down Music.

 

 

« IMPERIUS REX » DE SEAN PRICE : EMPEREUR À TITRE POSTHUME

TRACKLISTING :

01. Imperius Rex
02. Dead or Alive (feat. Bernadette Price)
03. Definition of God
04. Ape In His Apex (feat. Ruste Juxx)
05. Apartheid (feat. Buckshot & General Steele)
06. Lord Have Mercy (feat. Rim P, Vince Spencer)
07. Negus (feat. MF Doom & Ike Eyez)
08. Church Bells (feat. Junior Reid)
09. The 3 Lyrical Ps (feat. Prodigy & Styles P)
10. Not97 Skit
11. Refregirator P!
12. Prisoner (feat. Freeway)
13. Resident Evil
14. Clans & Cliks (feat. Smif N Wessun, Rock, Method Man, Raekwon, Inspectah Deck & Fool Monday)
15. Rap Professor
16. Price Family (feat. Bernadette Price)

Duck Down – Août 2017

 

 

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