Résolument l’une ou carrément la sortie majeure du mois de février. Thundercat nous revient avec son troisième album « Drunk » hébergé naturellement sur le label de son ami Flying Lotus : Brainfeeder. En solo, il nous avait laissé sur « Apocalypse » il y a 3 ans mais son grand fait d’arme récent est bien sûr son Grammy Award de la meilleure collaboration sur un titre de rap pour « These Walls » de Kendrick Lamar sur l’incontournable album « To Pimp A Butterfly » en 2015 (alors que son petit frère Jameel « Kintaro » Bruner concourait dans une autre catégorie la même année au sein de son groupe The Internet).

Thundercat est une sorte d’OVNI parmi les OVNI de Brainfeeder. Évidemment, on va retenir ses looks improbables (entre Funkadelic, baba-cool et cosplay) et un comportement désinvolte mais niveau musique, c’est peut être lui qui va le plus loin. Le bassiste à six cordes se promène dans le jazz fusion, la soul et le hip hop, bifurque dans l’AOR et se laisse embarquer dans les découpages électro de Flying Lotus (toujours à la production), avec en fil rouge toujours cette ambiance cosmique et chamanique qu’on retrouve sur la plupart des morceaux. Le nouvel album ne dérogera pas à la règle avec tous ces ingrédients devenus marque de fabrique du musicien et chanteur.

 

THUNDERCAT TOUJOURS ROI DES CONTRASTES AVEC "DRUNK"

 

A noter que sur les précédentes réalisations planait l’ombre de Austin Peralta, jeune musicien et ami de Thundercat mort d’une pneumonie en 2012. Un décès lié à des excès de drogue et d’alcool. Une disparition qui avait nourrit une thématique récurrente autour de la mort et la fragilité de la vie. Même si le titre du nouvel opus renvoie irrémédiablement à l’addiction à l’eau de feu et à toute l’oisiveté s’y rapportant, de manière générale, il semblerait que le deuil se soit atténué et que l’artiste soit reparti sur des bases plus seines. Bien sûr, son crédo repose souvent sur les contrastes et il peut aisément alterner entre humour, fantaisie, brève conscience et morosité. Tout cela avec une qualité d’instrumentation indéniable.

D’ailleurs, ce contraste peut nous amener à la double lecture de la pochette du disque. On peut penser qu’il sort de l’eau en guise de renaissance ou doit-on penser qu’il sombre définitivement ? On penserait plutôt à la première interprétation. Toujours est-il qu’elle fait son effet avec cette posture façon alligator guettant ses proies.

La fantaisie, on peut la retrouver à travers son amour pour son chat dont le nom raccourci est Tron (le nom complet est Tron Plus de 9000 Baby Jesus Sally). Sur « A Fan’s Mail (Tron Song Suite II) », Thundercat envie la vie de son animal de compagnie et nous offre en guise de chœurs des… miaulements. C’est drôle.

 

 

Autre délire, qui relève plutôt du vaporeux, le mec tient le morceau « Captain Stupido » avec une histoire d’oubli de portable en boite de nuit. Une situation des plus commune, voire insignifiante, qui a dû arriver à beaucoup d’entre nous, des plus communes, qui arrive à être mise en valeur par le chant de l’artiste.

 

 

On reste dans les soirées arrosées et enfumées avec « Drink Dat » où Thundercat et Wiz Khalifa racontent une party bien chargée. Avec l’apport du rappeur invité, c’est le morceau le plus fourni en matière de texte. Cependant, au delà de l’aspect purement festif, les deux protagonistes n’oublient pas leur couleur de peau qui attirent les regards des autres convives. Le downtempo du tout donnerait presque un goût d’émotion. Un des meilleurs tracks de l’album résolument.

 

 

A l’image des phases de l’ébriété, certains morceaux comme « Walk On By », avec Kendrik Lamar en featuring, Thundercat traite le contre-coup des cuites. Après l’euphorie vient la fragilité, la peur d’être seul dans l’épreuve et les questionnements existentiels.

 

 

Finalement, la légèreté n’est pas généralisée dans ce disque, loin de là. Sans philosopher, Thundercat raconte avec honnêteté et simplicité ce qu’il observe. C’est le cas sur « Bus In These Streets » où il décrit son (notre) addiction à Internet et à ses réseaux sociaux. Il a conscience que les nouvelles technologies sont autant utiles que dangereuses. Musicalement, on retrouve une ambiance à la Doobie Brothers.

 

 

Et puis, il y a les éternels méandres des relations amoureuses. Et plutôt des déceptions dont on se doit de se relever avec néanmoins un peu d’amertume. Sur « Them Changes » (comprenant les participations de Flying Lotus au synthé, Kamasi Washington au saxophone et Dennis Hamm au piano), il raconte un déchirement sentimental qui a pour effet imagé d’avoir perdu son cœur. A noter que cette chanson apparaissait déjà sur le précédent EP « The Beyond / Where The Giants Roam ». Sur « Friend Zone » (produit par Mono/Poly), qui était sorti en contre-pied de la Saint Valentin, l’artiste fustige les femmes qui ne prêtent pas assez attention à la beauté de ceux qui les aiment vraiment.

 

 

Avec « Jameel’s Space Ride », il aborde quand même sa condition d’homme noir. Il raconte qu’il aime s’évader avec son vélo vers des cieux cosmiques. Il explique que les seuls qui pourraient l’en empêcher sont les flics. Et il se demande si cela ne serait pas dû à sa couleur de peau. Un questionnement permanent qui le pousse souvent à plaisanter en société avec une de ses formule fétiches « c’est parce que je suis noir ? » à chaque fois qu’il est ciblé par une remarque ou au centre d’une conversation.

 

 

Notre coup de cœur de l’album est résolument pour « Show You The Way », un titre des plus classique mais tellement efficace. D’autant plus qu’il contient les participations des grands Michael McDonald et Kenny Loggins. On le sait depuis le début, le rock Californien des années 70 et 80 a toujours inspiré Thundercat. Kenny Loggins étant véritablement un de ses héros tant sur le plan composition que sur le plan performance vocale. A force de le crier sur les toits, la collaboration a finit par se faire. Et c’est Loggins qui a proposé la venue de McDonald pour un trio de voix ultra complémentaire.

 

 

Pour le reste, l’album est composé de 23 pistes tout simplement parce que plusieurs ont une durée réduite et certaines sont des instrumentaux que Thundercat n’oublie pas de placer en bon musicien qu’il est.

Et au final, il n’y a pas grand chose à jeter. Le travail de l’artiste sur « Drunk » est de bon aloi. C’est sans détours que nous vous le recommandons bien volontiers.

 

L’album est disponible partout, notamment sur le Bandcamp de Thundercat et sur le site de Brainfeeder.

 

THUNDERCAT TOUJOURS ROI DES CONTRASTES AVEC "DRUNK"

TRACKLISTING :

01. Rabbot Ho
02. Captain Stupido
03. Uh Uh
04. Bus In These Streets
05. A Fan’s Mail (Tron Song Suite II)
06. Lava Lamp
07. Jethro
08. Day & Night
09. Show You The Way (feat. Michael McDonald & Kenny Loggins)
10. Walk On By (Feat. Kendrick Lamar)
11. Blackkk
12. Tokyo
13. Jameel’s Space Ride
14. Friend Zone
15. Them Changes
16. Where I’m Going
17. Drink Dat (feat. Wiz Khalifa)
18. Inferno
19. I Am Crazy
20. 3AM
21. Drunk
22. The Turn Down (feat. Pharrell)
23. DUI

Brainfeeder – Février 2017

 

 

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