Remporter un prix prestigieux comme le Mercury (prix annuel récompensant les meilleurs artistes britanniques et qui se veut être une alternative au Brit Awards) dès son premier album n’est évidemment pas quelque chose d’anodin. Ce fût le cas pour les Young Fathers en 2014 avec l’opus « Dead ».

Le trio originaire d’Édimbourg en Écosse ne partait pourtant pas favori. Non pas parce que le disque n’était pas bon, bien au contraire, mais parce que les autres nommés étaient loin d’être des figurants : FKA Twigs, Damon Albarn ou encore Kate Tempest. C’est donc les Young Fathers qui sont sortis du lot avec ce qu’on appellerait communément leur hip hop « expérimental ». « Nous étions bien sûr très heureux et très fiers. On ne s’attendait pas forcément à ça et cela nous a conforté dans nos choix artistiques » nous explique l’un des membres Kayus Bankole avec qui nous avons conversé brièvement. Il rajoute « en tant qu’artistes, notre souhaitons que notre musique soit écoutée par le plus grand nombre. C’est une formidable exposition pour nous auprès d’un plus large public qui ne se serait pas forcément intéressé à nous naturellement ».

 

YOUNG FATHERS : WHITE MEN ARE BLACK MEN TOO

 

Il n’en pouvait pas être autrement question choix artistique. Que pouvions-nous espérer d’autre de la collaboration entre un Libérien/Ghanéen (Alloysious Massaquoi), un Nigérian ayant grandi aux Etats-Unis (Karyus Bankole) et un natif du quartier de Drylaw (« G » Hastings) si ce n’est quelque chose aux antipodes du rap routinier ? Les mecs sont à la fois MCs, poètes, militants (ils avaient choisit de ne pas sourire à la remise de leur prix Mercury et de ne pas accorder d’interviews aux médias de droite) et arrivent a synthétiser tout cela dans leur musique. L’instrumentation va puiser dans un héritage musical typiquement UK avec aussi bien des influences post rock que pop… et hip hop aussi (oups). Un héritage typiquement écossais pourrait on dire ?

Avec leur nouvel album « White Men Are Black Men Too », on est plus que jamais dans la célébration de la confusion des genres et de condition humaine qui s’affranchit de toute appartenance ethnique et sociale. Quoi de plus naturel pour un groupe à qui personne n’a jamais pu mettre d’étiquette. Le titre « Old Rock N Roll » (comprenez le « même rengaine ») où l’on retrouve le titre de l’album en guise de refrain, s’inscrit parfaitement dans cette philosophie. Les Young Fathers y déposent leur lassitude de l’éternelle scission entre noirs et blancs et appellent à une certaine unité sans jamais rentrer dans le délire Bisounours.

 

 

Sur la forme, ça sature à souhait avec un enchevêtrement de synthés, de caisses claires et de chœurs à la limite du gémissement. La musique n’offre que peu de variations et laisse place à une sorte de chaos mélodieux. Si toutefois deux ou trois morceaux n’ont que peu d’intérêt, l’ensemble reste cohérent.

 

 

Alors si vous êtes des fans invétérés du hip hop à la J Dilla, ce disque n’est pas fait pour vous. A moins que vous ne vous accordiez l’audace d’aller à la fenêtre de temps en temps histoire de voir ce qu’il se passe ailleurs. Si vous êtes de ceux là, on vous propose de tenter l’expérience Young Fathers. L’album est signé chez Big Dada et vous savez bien que le label anglais ne fait rien comme les autres en matière de hip hop.

 

Young Fathers : White Men Are Black Men Too
Sortie le 3 avril chez Big Dada

Bandcamp

YOUNG FATHERS : WHITE MEN ARE BLACK MEN TOO

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