On a bien cru que le temps s’était arrêté depuis 2 ou 3 mois. Comme si tous ces gros brasseurs de dollars du hip hop ‘ricains lui avaient volontairement laissé la place. En gros, le dernier engouement autour d’un album fut certainement celui de Childish Gambino, et depuis… l’accalmie. Même Kanye s’était retenu de ne pas faire parler de lui… pour vous dire! Quel calme!

 Le tant attendu, c’est bien évidement le nouvel album de ScHoolboy Q. On peut désormais accueillir paisiblement ce Oxymoron. Et tout le monde s’accordera à dire « ENFIN! ». Le king du featuring détient finalement SON (premier) album sur une major après environ 2 ans de sueurs. Fini les street albums, fini les mixtapes, plus besoin de regarder par dessus l’épaule de son pote Kendrick Lamar, lui aussi a désormais son beau joujou. Même si le concerné n’est pas tout jeune dans la fosse aux lions avec déjà 2 albums (dont son précédent qui fut très réussi), Oxymoron a tout l’air d’être apprécié comme son premier LP, une sorte de renaissance voir même un palier qu’il a enfin atteint. En un mot, une reconnaissance.

Le Saint Graal est finalement dans nos oreilles. Oxymoron est donc le troisième album du Q le plus célèbre des US. Et ce Q là est bien parti pour s’engraisser d’avantage et déborder sur chaque continent. Pour résumer, on risque d’en bouffer pendant un petit moment vu l’emballement médiatique que génère cette pièce maîtresse du collectif Black Hippy. Brute mais subtile, menaçant mais réfléchi, Oxymoron est, par traduction, constamment dans l’opposition. Comme il l’expliquait récemment sur hot97, sa fille posant en mode gangsta sur sa pochette  pourrait définir cette contradiction. Ses textes souvent subversifs et énervés, avec tout le débat que cela peut entraîner (violence sexe, drogues, la vie quoi!), lui servent à enrichir en contre partie son bien-être. Se décharger de tout ce qu’il a de négatif en lui pour donner davantage de positif à sa fille, n’est-ce pas mignon tout ça? Pour résumer, ScHoolboy aime brusquer pour mieux choyer. Un passé très tumultueux qu’il décrit dans son album : insertion dans les Crips à L.A dès l’âge de 12 ans, deal de pilules et de cocaïne, un passage par la case prison, ScHoolboy Q a de quoi déballer. Un CV digne d’un jeune marseillais en pleine ascension sorti tout droit d’Enquête Exclusive. Et c’est d’ailleurs avec Gangsta, comme rapide rétrospective de sa vie, qu’il choisi d’ouvrir l’album. Un titre qui nous installe dès les premières secondes dans un climat inquiétant, avec un ScHoolboy énervé et incisif. Puis rapidement, il laisse la place à des morceaux plus « bangers » : comme Los Awesome avec son coéquipier Jay Rock sur un beat signé Pharrell, ou l’inévitable hit Collard Green avec son acolyte Kendrick Lamar. Il revient ensuite sur son passé en évoquant son enfance sur le track Hoover Street, la rue qui fut son terrain de jeu au beau milieu des dealers de crack. Son sujet de prédilection se centralise très souvent sur ses expériences passées les plus obscures.

Prescription/Oxymoron, ce sublime double titre présente à la fois Schoolboy comme un addict dépressif, puis comme un dealer complètement conscient de son influence nocive sur son entourage. Deux états d’âmes, deux ambiances, une fois de plus Q s’amuse avec cette bivalence. ScHoolboy partage aussi des titres avec d’autres poids lourds du hip hop de deux époques bien distinctes : le chef Raekwon sur Blind Threats sur un sample déjà utilisé/cramé par Cypress Hill, puis Tyler The Creator sur The Purge, tune farci à la sauce Odd Future produit par … Tyler himself. Cette prestigieuse guestlist accueille aussi d’autres  pointures comme 2chainz, Kurupt, etc. Tout au long de l’album, on remarque cette facilité qu’a ScHoolboy à sortir des refrains accrocheurs, ponctués par ses « Bounce’ » et ses « Yay’ » tonitruants. Même si parfois les sujets sont plus libres et légers, comme par exemple sur Man Of The Year ou Break The Bank (prod. The Alchemist), le résultat reste magistral. Beats tenaces et textes affûtés, Oxymoron est très bien parti pour être shortlisté parmi les meilleurs albums hip hop de 2014. D’Oxymoron, on connaissait pourtant une bonne flopée de titres : pas moins de 4 singles avant la sortie officielle de ce nouvel opus. Mais la lassitude ne viendra pas, on est très souvent tenté d’enclencher le mode « repeat ». ScHoolboy peut aisément faire du coude à coude à son ami Kendrick avec cette belle performance. Un album qui mérite vraiment toute cette frénésie médiatique, chose qui n’est pas toujours justifiée (…n’est ce pas Childish). Il y a tout juste un an, il partageait la couverture The Source/Freshman 2013 aux cotés d’Action Bronson ou de Bada$$, il pourra désormais la prétendre pour lui tout seul.

Ben Filliat

Schoolboy Q Oxymoron / Sorti le 24 février chez Interscope

Schoolboy Q « OXYMORON »

Share This