Non Sisyphus n’est pas un super combo de maladies, sombre mélange d’une syphilis et d’un vilain typhus, mais  le nom du trident composé du master of ceremony Serengeti, Son Lux et Sufjan Stevens.

Ces trois larrons s’étaient déjà essayés au triolisme avec un premier groupe baptisé s / s / s. Un projet, légèrement inondé de vocoder et dont le nom n’avait pas du résulter d’un brainstorming intense. L’épellation de ce nom pouvant aussi poser quelques problèmes aux bègues, les faisant passer pour de vulgaires adhérents d’une amicale nazie. Ils ont donc finalement opté pour le blaze du fondateur mythique de Corinthe, Sisyphus (dans sa version anglaise). Un nom où l’on retrouve les trois S de ces messieurs mais aussi un homme qui fut condamné par les Dieux à faire indéfiniment un roulé boulé du haut d’une chaine de montagne. Un triste destin que l’on peut partager si l’on cherche à rentrer cet album dans une catégorie précise.

Le trio s’en donne à cœur joie pour brouiller les pistes, passant, sur « Calm It Down », d’un hip-hop asséné par Serengeti à une pop tantôt sous LSD, tantôt profondément intime. Un titre dont la fin n’est en fait qu’une ouverture sur une longue et irréversible plongée en apnée assurée par « Take Me ».  Et si l’on croyait que les trois larrons allaient continuer à creuser le même sillon, les anxiogènes « Booty Call » ou « Alcohol » s’empressent, avec véhémence, de nous contredire. Un véritable plan dialectique, incarné par « Rhythm Of Devotion », où thèse, antithèse et synthèse prennent des allures d’électro industrielle, évoluant par la suite vers une pop aérienne, la fin n’étant que fusion du tout. Un plan, toujours parfaitement maitrisé par les SSS, que l’on pourrait finalement adapter à la plupart des titres de l’album.

On ne sait pas si l’idée de composer ce trio est née, une nuit, dans la tête d’un producteur dont la dope aurait détruit toute pensée rationnelle mais à l’écoute de ce premier véritable album, on peut raisonnablement penser que c’était une sacrée bonne idée.

  

 Julien Renou

               Sisyphus – Sisyphus sorti le 18 mars chez Asthmatic Kitty/Joyful Noise