DJ Rashad – Double Cup

Si l’on considère la chose très simplement, finalement, le footwork, c’est un parent d’outre-atlantique de la drum & bass sans l’accent britannique. Rien d’étonnant donc à voir proliférer ces derniers temps du footwork chez les anglais et de la d&b ou de la jungle chez le producteur de juke. Les deux genres n’étaient finalement que deux cousins éloignés qui s’ignoraient. Rien d’étonnant non plus à voir des artistes (américains) de footwork signer sur des labels de Sa Majesté. C’était valable pour RP-Boo  – le père du genre – chez Planet Mu, ça l’est tout autant pour DJ Rashad, l’animal que l’on dissèque aujourd’hui, chez Hyperdub. Un deuxième album de footwork appelé à marcher.

Il y a trois ans, Rashad sortait Welcome To The Chi. Un album  où tout sonnait comme l’entrée en scène d’un genre qui s’énervait depuis des lustres en coulisses. Agitée, colérique, en convulsion permanente, la juke semblait encore trop abrupte, à la sortie du cocon, pour être présentée et – surtout – comprise du monde. Trop peu ont choisi l’option LV2 éléctro cheloue et le genre pouvait rapidement épuiser le système cognitif humain.

C’est à dire que le footwork est particulièrement abrasif : issu de la ghetto tek et/ou ghetto house de Chicago (la ville aux 600 gangs), la juke servait essentiellement aux gamins du coin de catharsis à leur fiel. Mais il suffira d’un homme, Mike Paradinas, patron de Planet Mu, pour remarquer à quel point la matière est miscible dans le breakbeat U.K ou dans la bass music actuelle (suivront des repentis du dubstep type Ital tek ou Om Unit  aujourd’hui convertis au footwork). En une compilation Bangs & Works Vol. 2 (il y a deux ans déjà), la juke est introduite officiellement sur le sol européen, ouvrant la porte à des tournées d’icônes du genre et des soirées portées sur la chose type Booty Call à Paris.

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Mike Paradinas toujours, l’un des pèlerins, l’un des premiers importateurs, l’un des premiers traducteurs du genre, se paiera les services de RP Boo (considéré comme le fondateur) l’an dernier. Paradinas voulait sortir une Pierre de Rosette, une œuvre à plusieurs langues, plusieurs cultures pour transmettre le footwork, il aura finalement une ode à un genre déjà vieux de vingt ans, presque une autopsie dans les tripes d’une discipline mutante. Et, c’est foncièrement ce même chemin qu’a emprunté Rashad en signant chez Hyperdub, Double Cup est un album d’ambassadeur. Double Cup est plus qu’un déménagement en Angleterre, c’est une traduction du footwork, l’idée de sortir la juke de sa niche et de la fondre dans des couleurs plus européennes. Au-delà de l’european-washing, l’album nettoie aussi l’hostilité typique de Rashad par ses collaborations, notamment Spinn (huit titres sur quatorze) le plus sampleur et courtois de ‘équipe Teklife qui sort le genre de Chicago, de la rue, de la danse et le lave de son aspect fonctionnel.

Album à revers, finalement c’est ça la Double Cup : l’une que l’on tend au puriste, l’autre au néophyte. Doublé de cette idée d’inspiration Mac Donald d’adapter la recette en fonction des pays. Sans parler de complaisance ou de démagogie, Rashad a conscience de la diaspora actuelle du footwork et lui fournit avec Double Cup, une Étoile du Berger.

DJ Rashad Double Cup / Sorti le 21 octobre chez Hyperdub