Childish Gambino « Because The Internet »

L’année se termine paisiblement, les rappers sont toujours avides de gloire, et l’égoïsme est toujours d’actualité. pas de grand chamboulement donc. Et que retenir? Pharrell, Kanye, Drake, Eminem, Jay-Z,… les poids lourds ont évidement fait parler d’eux, en bien ou en mal, peu importe, toujours à coup de grosses communications pharaoniques. Une sorte de routine s’installait même, et 2013 se finissait tranquillement comme si tous les dossiers allaient se refermer. Mais ce n’était pas l’avis de Donald Glover aka Childish Gambino. Ce dernier en avait décidé autrement et ne comptait pas changer son beau calendrier de la Poste 2013  sans y faire apparaitre au stabilo rose la sortie de son album. Le joli petit monde du rap se retrouve un peu perturbé donc… mais à qui reviendra alors le trophée du « gars-cool-qui-a-fait-le-plus-de-bruit-dans-le-rap-game »?  Sans évoquer la qualité musicale, on peut déjà affirmer que Childish et son nouvel album Because The Internet se positionne comme un bon prétendant pour soulever le titre (en bois). Il suffit d’une recherche dans google pour voir l’intérêt que portent la presse et les blogs sur le deuxième LP officiel du rapper/chanteur/acteur/producteur/auteur…etc. Et oui le concerné est ultra productif, et dans un grand nombre de domaines ! télévision, musique, séries, prod’, il touche à tout, de quoi faire pâlir de jalousie Patrick Sébastien… cette diversité se retrouve aussi dans les choix artistiques de son nouvel opus mais avec, par déduction, le risque de se perdre un peu.

En 2011, il sortait son premier album Camp qui, disons le, n’a pas totalement convaincu les critiques, mais sans pour autant être un échec. Même si ses nombreuses mixtapes sont qualitativement honorables et notamment la très réussie Royalty, Childish devait maintenant s’affirmer haut et fort comme un artiste majeur de la nouvelle scène hip hop. Il a donc mis toutes ses tripes dans cet album : grosses productions signées par lui même, flows énergiques, punchlines adroites, refrains R’n’B mielleux, et différents univers. De quoi toucher un large public. Des titres qui, dès l’ouverture, inspirent la confiance. Crawl et Worldstar ouvre violemment l’album, des bonnes recettes avec quelques arômes qui nous rappellerons l’univers d’A$ap Mob. L’intervention de Chance the Rapper sur Worst Guys ne laisse pas indifférent, les styles des deux emcees sont proches, mais tout de même complémentaires. On ne se lasse pas de cette combinaison de talents comme on l’avait déjà apprécié sur sa mixtape sortie l’année dernière. Le titre Shadows se détache aussi de l’album par sa créativité, un bel exemple de ballade uptempo accompagnée par le bassiste Thundercat. Et bien évidemment le hit 3005 nous fera fredonner ce petit air mélodique mignon tout plein, comme si Justin Timberlake sommeillait au fond de nous, titre évidement conçu pour plafonner en haut du billboard.

L’intriguant Zealots of Stockholm est l’ovni de cet album, peut être un des plus réussi. Le titre est déstructuré mais développe une ambiance sombre et énigmatique très efficace (avec en guest la femcee new yorkaise Kilo Kish, talent à suivre de très prés qui était déjà présente sur sa précédente tape). D’autres sont aussi de beaux spécimens comme Sweatpant ou The Party  qui continueront à stimuler agréablement nos tympans et affirmeront l’aisance de Childish à débiter avec classe et rapidité ses textes, même si la forme reste meilleure que le fond. Car c’est surement tout le problème de cet album, Childish n’a au fond pas grand chose à nous raconter. Les productions sont très réussies, mais bien trop d’amour, de nostalgie et de mélancolie ruissellent dans cette tracklist. Toutes ces minutes longues et vaporeuses mélangées aux quelques très bons morceaux ne résultent d’aucune homogénéité. On s’intéresse un instant, puis on délaisse rapidement. 19 tracks aussi fouillis que l’historique du navigateur internet d’un ado pré-pubère. Et cette forte manie à slalomer entre du Franck Ocean et du pathétique Justin Bieber devient très vite fatigante. Trop de racolage s’immisce au fur et à mesure et détériore la qualité de l’album.

À trop vouloir plaire, Childish Gambino se noie dans son propre univers. Pourtant l’intention était bonne, il ne s’enfermait pas dans un schéma uniquement hip-hop car il ouvrait vers d’autres horizons mais pas forcément vers les meilleurs. Childish Gambino est un excellent rapper et producteur, un très bon chanteur aussi, mais il a beaucoup de mal à canaliser toutes ses facilités. Childish est un romantique, chose que l’on savait déjà historiquement mais ce parti-pris artistique lasse rapidement, un arrière goût d’eau de rose trop souvent redondant. Même si les ventes surpassent celle du dernier opus d’Eminem dès sa première semaine de sortie, Childish Gambino délivre un album léger conçu pour contenir un maximum de « hits ».  Certes quelques tracks sont très respectables, avec de très bonnes productions… mais beaucoup de bruit pour bien trop de gâchis. l’album est aléatoire et cette dispersion osée manque malheureusement de caractère, mais cela ne l’empêchera pas de devenir la (bonne ou mauvaise) surprise de cette fin d’année. Peu importe, il a réussi à faire parler de lui, parce que c’est comme ça sur internet…ça parle vite, sans recul, et souvent on s’ennuie.

Ben Filliat

Childish Gambino Because The Internet / Sorti le 9 décembre chez Island

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