Tropic Of Cancer « Restless Idylls »

Et si le passé était résolument dans l’air du temps, telle une extension continue dénuée de fragmentation annuelle ou décennale ? C’est la question que soulève le premier album de Tropic Of CancerRestless Idylls, longue litanie gothique emmenée par la voix hantée et toute en souffrance de Camella Lobo, appuyée par la production exemplaire de Karl O’Connor aka Regis, (fondateur du label Downwards qui fête cette année ses 20 ans d’existence).

S’étant déjà fait remarquée à travers différents EP’s pour différents labels comme Ghostly ou Downwards, Camella Lobo aka Tropic Of Cancer, sort enfin son premier album Restless Idylls, rejeton surdoué et fortement enraciné dans ces années 80, où le minimalisme vous arrachait des larmes de par sa sensualité squelettique et son spleen bouleversant, croisement fantasmé du Faith de Cure et des prémices de Dead Can Dance, enfant hybride ancré de toutes ses forces dans une époque rongée par la souffrance, la romance, le dévouement et l’impuissance, dont ces 8 tracks en sont la traduction/transcription musicale surgie d’un au-delà au pouvoir cathartique. Restless Idylls, est composé autour d’un tapis de nappes de synthés habillées de leurs plus simple apparat, enrobées d’une aura maladive contagieuse qui prend aux tripes et vous jette à la renverse.. Il y a du Cabaret Voltaire dans sa musique, de par ses ambiances glaciales sur lesquelles des fantômes pris dans des limbes sans issue, errent sans but dans les paysages désertiques bâtis par Camella Lobo, labyrinthes à la noirceur agonisante, auréolés de percussions réverbérées et de synthés moites aux montées et descentes affolantes, pendant féminin d’un Joy Division à l’abstraction crépusculaire. Des guitares aux origines vaguement drone affluent parfois en fond, créant de vagues motifs mélodiques, appuyées par des rythmiques nues à la métronomie désuette. Tropic Of Cancer chante d’une voix fatiguée des mots inintelligibles dont les modulations anesthésiées jouent sans cesse avec les sens de l’auditeur, l’attirant vers  une oeuvre poétique à la radicalité gothique absolue. Un album à l’énergie trouble et à la mélancolie hypnotique, sombre symphonie pour un monde de survivants.

Roland Torres

Tropic Of Cancer Restless Idylls / Sorti le 1er octobre sur Blackest Ever Black