Grey Reverend « Hero’s Lie »

Si Ninja Tune s’était spécialisé dans le maniement des arts électroniques, un de ses premiers guerriers, Fink, avait ouvert d’autres voies bien plus acoustiques. Dans cette brèche s’étaient engouffrés d’autres artistes tels que Jono McCleery, Andreya Triana mais surtout Grey Reverend.

On avait pu l’entendre sur quelques featurings bien sentis dont un titre du dernier album de Bonobo ou sur le sublime Ma Fleur de Cinematic Orchestra. Et c’est l’architecte de ce dernier, J. Swinscoe, qui après cette collaboration l’a fait signer sur son nouveau label Motion Audio Records. Après un premier album assez réussi, L.D. Brown, de son vrai nom, réitère dans le bon goût avec ce Hero’s Lie. 

Grey Reverend était destiné à devenir joueur de jazz sous la férule de Pat Martino, mais une maladie l’a rappelé à l’ordre. Le diagnostic lui révélait que ses doigts ne pourraient plus autant galoper sur un manche que le jazz l’exigeait. Grey Reverend a donc épuré son son pour prêcher dans des contrés plus tranquilles,  à la lisière de la soul et du folk. Si le premier album était un peu spartiate, faisant la part belle au binôme voix/guitare, les arrangements de J. Swinscoe sur ce hero’s Lie deviennent l’écrin qu’il manquait à sa précédente galette. Ils  soutiennent parfaitement la voix profonde et le jeu de guitare sobre, mais qui touche en plein mille, de Grey Reverend. Le seul titre instrumental, « Little Jose », sonne comme un pied de nez à cette maladie qui lui avait volé cette agilité durement acquise.

Si on ne connaît pas la religion que prêche Grey Reverend, ce Hero’Lie nous donne une irrépressible envie de l’adopter. Un très bon disque à écouter au coin de votre cheminée en pierre de taille, tranquillement assis sur votre peau d’ours blanc.

 Julien Renou

Grey Reverend Hero’s Lie /  Sorti chez le 2 septembre chez Ninja Tune