The Stepkids « Troubadour »

Après leur premier album éponyme sorti en 2011, le trio fait son retour avec Troubadour, un opus guilleret qui fait convoler psyché, jazz, pop et soul. Véritables maîtres ès expériences chimico-musicales, c’est presque un nouveau genre hybride que ces gaziers ont crée. Décryptage.

Au départ, il y a cette coalition redoutable entre trois musiciens qui accompagnent des pointures de la sphère rap (Fifty Cent) et des néo-divas du rnb mielleux (Alicia Keys). Multi-instrumentistes et plutôt très doués, ces derniers ont chacun une corde (solide) de plus à leur arc déjà bien monté : ils poussent la chansonnette à merveille. Un curriculum vitae bien fourni, donc. Pour Jeff Gitelman, Dan Edinberg et Tim Walsh, l’affaire est dans le sac : The Stepkids sera un bébé pour lequel chaque papa aura sa part égale dans l’évolution (plutôt rassurante jusqu’ici). Car en plus de jouer et chanter, le songwriting est aussi issu de leurs trois plumes. La répartition des tâches étant une condition sine qua non au bon déroulement d’une relation, il faut en conclure que cette histoire a tout pour durer.

Leur premier effort, résultat d’une alchimie instrumentale exceptionnelle, a eu un effet Kiss Cool des plus euphorisants. Les frontières musicales ? Réduites en miettes. Le temps ? Stoppé net. Enfin, aficionados de soul, de pop 70’s, de jazz et de funk ont pu trouver un terrain d’entente. Tels d’ardents défenseurs du mariage sonique pour tous, la ligne d’attaque des Stepkids fut irréprochable.

Aussi, deux années au compteur plus tard, on se demande ce que ce parfait ménage à trois nous a concocté. D’abord, comme toute expérience à succès est bonne à raconter, Troubadour revêt des allures d’autobiographie. Loin, très loin du sens (hélas) biaisé du mot (fourvoyé chez nous par de grands artistes tels que Christian Morin ou Nadine De Rotshild), l’écriture est ici sensée, sincère et malicieuse. D’autant lorsqu’elle est scandée par les voix furieusement suaves des trois compères, évoquant tour à tour le glam chic de Bowie (« The Lottery »), la sensualité d’un D’Angelo (« Symmetry ») ou la puissance de Four Tops (« Desert In The Dark »).

Encore une fois, à l’écoute de cet album, bien que moins vintage que le précédent, on a cette sensation de regarder à travers un kaléidoscope. Soul cosmique, funk psyché et pop électrisante se télescopent et s’enchevêtrent dans un joyeux bordel néanmoins impressionnant de cohérence. Parfois, c’est à se demander si l’effet est simplement dû au kaléidoscope ou si on n’aurait pas (malencontreusement) confondu les champignons de Paris de ce midi avec les mexicains ramenés d’Amsterdam, tant les sonorités nébuleuses interpellent nos oreilles. Telles des comètes tout droit débarquées du disco des années 70, elles pleuvent  dans « Sweet Salvation » ou « Insecure Troubadour », s’emboîtant aux mélodies aussi méthodiquement que dans Tetris (ou Candy Crush pour les néo-geek me semble-t-il). Cependant, gare à l’overdose. Car ces mêmes sons deviennent parfois hors-sujet et agaçants notamment dans « The Art Of Forgetting ».

Mais hormis ce bémol (qui aurait plu à Jean-Michel Jarre cela dit), on salue la performance du trio du Connecticut, qui continue sur sa lancée inclassable, intemporelle mais définitivement délicieuse. En attendant  l’album et pour ceux qui seraient passés à côté, petit bonus exquis : leur reprise (oui, encore une) de « Get Lucky », hautement jazzy et indiscutablement classe est à ne pas manquer.

Par Julie Pujols Benoit

The Stepkids Troubadour / Sorti le 16 septembre chez Stones Throw Records

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