Disclosure / Settle

On a toute la vie pour sortir son premier album. Et pourtant, c’est au matin de leur existence (19 et 22 ans) que les frères Lawrence sortent Settle, comme une première envie de pisser au réveil : avec urgence et un certain côté bandant. Via « Settle », les bébés de la bass music ne réinventent pas le vocabulaire de la dance mais le langage reste soutenu. Qu’on les laisse parler : c’est simple et (U.K ?) funky.

On a toute la vie pour sortir son premier album. Et pourtant, c’est au matin de leur existence (19 et 22 ans) que les frères Lawrence sortent Settle, comme une première envie de pisser au réveil : avec urgence et un certain côté bandant. Via « Settle« , les bébés de la bass music ne réinventent pas le vocabulaire de la dance mais le langage reste soutenu. Qu’on les laisse parler : c’est simple et (U.K ?) funky.

On vous épargnera les poncifs sur le talent n’attendant pas le nombre des années pour se concentrer sur un autre phénomène dont Disclosure est vraiment le symptôme : Settle est le son du wagon de queue de la génération Y en Grande Bretagne. En d’autres termes ce premier album porte tous les stigmates d’un album de house réalisé par deux gamins nés après 90 en Angleterre. Ce n’est pas le talent mais la connaissance encyclopédique qui n’attend plus le nombre des années. Disclosure, c’est la génération post-Internet, celle qui sait tout, peut tout connaître avec la combinaison Discogs x Youtube, des homo-wikipedius qui ont ingurgité des décennies d’électroniques. Ils sont beaux comme des enfants, érudits comme des hommes nos bambinos (oui on mélange).

 

 

À la house sans visage (généralement elle fermente dans les bars à cocktails et/ou s’échoue sur les plages d’Ibiza), Disclosure a répondu « deep », « Chicago » ou même « 2-step » et « U.K garage » car quelque soit l’époque, la house a toujours su prendre l’accent britannique en traversant l’Atlantique. De la voix soul de When A Fire Starts To Burn aux basses gonflés comme des V12, Settle est balisé de cape en pied et nous remémore sans cesse que la dance music se mord la queue : en 2013 le post-dubstep sonne plus que jamais comme du garage et la house d’aujourd’hui ressemble à sa mère dans les mid-90’s. Qu’est-ce donc que Settle si ce n’est un album maniériste ou néo-classique, un pastiche updaté. Une effraction dans les trésors d’antan où le larcin est tellement propre qu’on ne voit aucun crime commis. Donc, la presse et la plèbe leur taille des costards depuis le début et c’est du sur-mesure, les Disclos restituent corps et âme la house jusque dans son recrutement chez ses contemporains (Jessie Ware, Aluna, Jamie Woon en tête) pour trouver LA voix. Et en ayant du refrain à faire chanter (comme Daft Punk fût un temps) sur sa house, Setlle s’affiche définitivement comme pop-friendly et sait dealer du hook à quasiment tout les coins de l’album sans avoir à sacrifier ou trahir l’intégrité de leurs titres.

Voilà aussi pourquoi quelques regards ridés de vétérans de la scène se froncent devant Disclosure : Settle c’est du banger à quasiment tous les étages. Pas un album à la merci de l’entertainment mais un monument dédié. D’un autre côté c’est de dance dont on parle ici. Ce qu’il manque à cet album qui vouvoie encore la perfection vient surement d’ici aussi : Disclosure n’a pas eu d’autre ambition que de faire un album de dance. Settle n’a pas d’histoire, de concept, une ambition d’instaurer quelque chose avec l’auditeur, un marbre qui traverserait l’album, le grandirait et effacerait toute date de péremption. En échange, on a une collection de maxis désarticulée, peut-être parce que trop jeune pour avoir une conception du LP, ou tout simplement par amour du format court. Bref, nous n’irons pas cracher dans la main qui nous distrait, l’album s’enracine suffisamment profondément pour être solide.

À l’heure où les laborantins de la techno type Jon Hopkins ou Holden (re)commencent à accaparer les esprits, le puriste verra surement la house de Disclosure comme souillée par l’immédiateté et ses hooks comme très décolletés. Mais ce qui rend Setlle vraiment intéressant, c’est qu’il donne un sex-appeal de masse à la house. Disclosure est parvenu à loger ses titres (« Latch » et « You & Me« ) dans le sommet douillet des charts et 24h après la sortie de l’album, Settle était #1 du top albums iTunes. Qu’est ce que ça veut dire ? Que la génération post-Internet devient globalement plus érudite et qu’un album référencé en terme de house et U.K garage peut aujourd’hui se vendre (le miracle) massivement. Settle ou la house pour tous.