Début des années 80. Heartthrob, alias Jesse Siminski, n’avait pas 10 ans que déjà les Jeff Mills et Juan Atkins avaient les platines entre les mains et donnaient naissance à la techno. Élevé entre Detroit et Chicago, c’est avec l’univers acide et groovy de Richie Hawtin que Jesse développe son goût pour le son noir et frénétique. À New York, Magda et Troy Pierce le poussent à créer sa propre musique. En 2003, c’est chose faite. Depuis, des tubes comme Baby Kate ou encore Nasty Girl ont fait de ce fan de Prince et Kraftwerk une référence solide du milieu techno des années 2000. En 2013, il lançait son propre label, ISNISNT depuis Berlin, son nouveau lieu de vie et de création. Entretien.

Pourquoi ce nom, Heartthrob ? Ça veut dire idole non ?

C’est le surnom que me donne mon amie Magda depuis que je la connais. Quand j’ai signé sur Minus il y a dix ans, Richie Hawtin m’a demandé de me trouver un nom de scène et c’est Heartthrob qui m’est venu en premier. C’est plus un surnom mignon qu’autre chose, quelque chose qu’on dirait à un jeune mec mignon. Je ne suis plus si jeune mais au moins ça a le mérite d’être drôle !

Et la musique électronique, tu y es venu comment ?

J’ai grandi dans le Michigan, là où la techno et la house sont nées. J’ai commencé à aller à des soirées techno il y a vingt ans quand je suis tombé dans le Djing, la musique à synthé, puis plus tard, la musique sur ordinateur. Mon père faisait partie d’un groupe, il m’a fait découvrir Prince, Kraftwerk et je crois que ça a beaucoup à voir avec la carrière que j’ai choisie.

Ils sont devenus tes idoles ?

Oui, avec Michael Jackson. Des artistes pop de ce genre. J’aimais beaucoup le reggae aussi. Ils m’ont appris le groove, la funk, et c’est très important dans la musique que je fais aujourd’hui.

C’est vrai que tu as eu de la chance de grandir entre le son de Détroit et celui de Chicago…

Il y a une histoire, la création d’une identité, d’une âme dans la house de Chicago et la techno de Detroit (et vice-versa), et c’est une chose à laquelle j’aspire dans ma musique. J’aime le côté brut et honnête de l’univers musical de cette époque. La musique était là pour créer une émotion, un sentiment et en même temps, elle était une fenêtre sur les questions de race et de sexe, à un niveau plus politisé. J’essaie de puiser dans cet univers là et j’espère que le résultat y est un tant soit peu connecté.

Pourquoi t’être installé à Berlin du coup ?

J’étais à New York quand j’ai décidé de déménager à Berlin. Cela faisait des années que je travaillais avec un label berlinois, du coup, ça faisait sens pour moi de venir m’installer en Europe. Le mode de vie à New York est très intense et tout y est très cher ; j’ai besoin de temps et d’espace pour arriver à sortir la musique à laquelle je tends. New York me manque beaucoup, cela ne me dérangerait pas d’y retourner mais je suis littéralement tombé amoureux de l’Europe et j’aime vraiment ma vie à Berlin.

Tu as l’impression que ta musique a changé depuis que tu t’es installé à Berlin ?

Ça fait cinq ans que je suis à Berlin et oui, j’ai l’impression qu’artistiquement parlé, j’ai gagné en maturité, d’année en année, de projet en projet, de live en live. Être entouré d’autres artistes est une véritable source d’inspiration pour moi et évidemment, certains clubs comme le Berghain t’apprennent plus que n’importe quel autre club chaque weekend. Puis de mon côté, j’essaie toujours de m’améliorer, d’offrir de nouvelles idées et ma vision personnelle des choses.

La musique dont tu es issu est née aux États-Unis mais au final c’est en Europe qu’elle éclate aujourd’hui non ?

Oui, l’Europe est devenue centrale pour ce type de musique, du fait de toutes ses capitales aux cultures électroniques très fortes, tant au niveau clubbling qu’à celui des magasins ou des labels de musique. Puis toutes ces villes sont proches, plus proches que n’importe où ailleurs, ce qui rend la circulation plus facile et moins fatiguante qu’aux États-Unis. Là-bas, les villes sont très éloignées les unes des autres et le gouvernement est très strict sur les heures d’ouverture des clubs. Alors qu’en Europe, sortir en boite pour un jeune est complètement normal.

Tu as joué dans les plus gros clubs européens non ? Au Rex, au Berghain, à la Fabric… Il y en a un qui t’a plus marqué que les autres ?

J’ai adoré jouer dans chacun d’entre eux. Ils ont tous quelque chose de particulier et ce qui me plaît par dessus tout est de pouvoir y croiser des gens qui aiment vraiment la musique pour ce qu’elle est, la comprennent et savent se respecter les uns les autres, du DJ au clubbeur. Et cette attitude, c’est elle qui créé les bonnes vibes d’une soirée !

Et tu composes comment ?

Plutôt seul. Certains de mes amis produisent aussi de la musique, mais ce que j’aime vraiment faire c’est me concentrer en studio, créer et trouver des sons qui me plaisent.

C’est pour ça que tu as lancé ton propre label, ISNISNT ?

Oui, en gros, ISNISNT c’est un peu mon échappatoire, là où je peux me permettre toutes les libertés, le choix de sortir ce que je veux et qui je veux quand je veux. Tu sais, ça fait 10 ans maintenant que j’évolue dans le monde de la techno et je me suis dit que c’était maintenant ou jamais ! J’aurais détesté me rater là-dessus, je suis très content de la voie que le label prend.

 Entretien réalisé par Adeline Journet

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