Tricky, c’est un peu le vilain petit canard de l’industrie de la musique. En France, on l’aime depuis toujours, sans aucun doute parce que Tricky n’est pas « un vendu » mais est un mec « entier », au franc-parlé coup de poing. Parachuté par Domino, il revient cette année avec un album sans concessions, False Idols qu’il produit sur son label du même nom. Parisien depuis maintenant quelques années, c’est à la Gaieté Lyrique que l’ancien Massive Attack nous parle de son Angleterre natale, de cette mère ingrate et indigne au système gangréné par la « star-mania ». Il nous parle des femmes de sa vie, de celles qui ont fait l’homme sensible qu’il est aujourd’hui. Comme délesté de ses vieux démons, Tricky apparaît neuf, ressourcé, et détruit de mots et de mélodies habitées, l’industrie de la musique, les mensonges et les illusions qu’elle nourrit. Si ses derniers albums aux sonorités pop en avaient déçu plus d’un, False Idols est un retour aux sources parfait, un bijou de trip-hop made in Tricky : sombre, furieux et intelligent. Cela faisait longtemps, welcome back Mister Tricky !

 
 

Tu as déclaré ne pas pouvoir faire un album à la fois pour toi et pour quelqu'un d'autre, c'est quelque chose que tu as réalisé récemment non ?

Oui, quand j'étais chez Domino. Les gens qui ont remixé mes deux derniers albums, je ne savais même pas qu'ils existaient avant que Domino ne me parlent d'eux. J'ai voulu rester gentleman, car c'était mon label et à l'époque je me disais qu'ils avaient sans doute raison. Alors je les ai laissés faire les choses comme ils le sentaient même si je sentais qu'ils avaient tort. Mais c'était du business. J'avais le choix entre faire du business et faire ce que je fais aujourd'hui, être heureux. Faire du business et être heureux, ce sont deux choses différentes. C'est pour ça que je ne pense pas qu'il soit possible de satisfaire la demande des uns et de satisfaire tes propres envies dans l'industrie de la musique telle qu'elle fonctionne aujourd'hui.
 


Faire des affaires et être heureux c'est donc incompatible ?

Je fais des affaires si j'en ai vraiment besoin, pour payer la scolarité de mes enfants par exemple. Mais les relations d'affaires, ce ne sont pas de bonnes relations et ce ne sont pas des relations qui s'éternisent. Ce nouvel album, c'est la meilleure réponse que j'ai eu depuis mon premier album. Il y a certains morceaux que je n'ai pas voulu partager avec Domino, parce qu'avec eux c'est du business, rien d'autre. Je ne montrais que certaines choses à Domino. Une des mes chanteuses, Francesca Belmonte m'avait demandé "pourquoi tu n'as pas mis We Don't Die sur Mixed Race ?" et je lui ai dit "je ne veux pas donner à Domino ce que je considère de précieux".
 


Donc maintenant tu es décidé à ne plus faire de compromis, c'est ça ?

Oui, pour ce nouvel album, False Idols, j'ai été seul maître à bord. J'ai passé un accord avec les gens de chez K7, mais musicalement, j'ai fait ce que je voulais, et ils n'ont pas interféré. Par exemple, chez Domino, on avait fait remixer un des morceaux de mon dernier album, je crois que c'est la pire chose que j'ai jamais entendu de ma vie. Le jour où j'ai écouté le remix, j'ai envoyé un email à Domino, en leur disant ce que j'en pensais et ils m'ont répondu quoi ? Que le mec était super à la mode en ce moment ! Mais ça veut dire quoi ça ? Quand j'ai lu leur message, je me suis dit qu'ils me prenaient vraiment pour un idiot. Ce jour là, je me suis demandé ce que je faisais avec ces gens.

Aujourd'hui, je suis content car avec les gens de chez K7, ça roule. L'autre jour, on m'a proposé que Jamie XX remise un de mes titres. J'ai dit non. Donc ça ne s'est pas fait. C'est simple. Je respecte le travail de Jamie XX mais ce n'est pas mon truc. Chez Domino, on remixait mes morceaux avant même que je ne le sache. Ils prenaient ma musique, la faisait remixer, puis ils me disaient "ce mec est cool, c'est bon pour ta carrière". Aujourd'hui je n'ai plus aucun respect pour le patron de Domino. Pour moi, la musique est quelque chose de très personnel et si je le croisais, là, tout de suite, je ne lui serrerais même pas la main et il se demanderait sans aucun doute "mais qu'est ce qui cloche chez Tricky ?". Mon dernier manageur voulait que je reste chez Domino, mais moi je ne voulais plus. Au final, c'est Domino qui m'a viré, ce qui a été une très bonne chose. Mais quand même, j'ai travaillé avec eux pendants deux ans, et le boss n'a même pas eu le courage de me dire les choses en face, il a préféré parler à mon manageur. C'est un lâche, il aurait pu simplement m'envoyer un email et me dire "écoute Tricky, c'était cool de travailler avec toi, mais ça ne marche plus". Je suis un grand garçon, j'aurais compris, je n'ai pas un égo démesuré, on aurait pu simplement en discuter. Ce mec n'est pas un homme. Même pas un email… Tu comprends ma colère ? Et malheureusement, l'industrie musicale est contrôlé par des gens comme ça.

 


Et tu as l'impression que c'est de pire en pire ?

Oui, vraiment. C'est la star-mania. Regarde, sur Youtube, tu trouves de plus en plus d'artistes, surtout des artistes noirs, de R'n'B ou de rap, qui ne parlent que des ventes de leurs albums. "Moi j'ai vendu tant d'albums, j'ai fait ci, j'ai fait cela". Mais qui ça intéresse ? Moi je m'en fous de combien d'albums tu as vendus. La célébrité est une maladie mentale, ça rend fou pas mal de monde. Je ne respecte pas les gens qui se vendent pour la célébrité. Tu vois, si Lenny Kravitz entrait dans cette pièce, je n'irais pas vers lui, parce que je me fiche totalement de qui il est. La seule chose que l'on a en commun c'est que tous les deux, on enregistre des disques. Je préfère aller parler à un mec qui fait la manche dans la rue plutôt qu'à Lenny Kravitz. Tu sais, il ne faut jamais oublier d'où tu viens. Lenny Kravitz et Drake, quasiment personne ne le sait, mais il sont à moitié juifs. Je n'ai strictement rien contre la communauté juive, ni contre les riches, mais Drake est un gosse de riche, Lenny Kravitz aussi, et s'ils sont célèbres aujourd'hui c'est car ils ont su faire jouer leurs relations. Très peu de gens deviennent aussi célèbres sans contacts. Tu vois, en Angleterre, certaines stations radios ne passent pas ma musique. Pourquoi ? Parce que je suis Tricky, que je dis ce que j'ai envie de dire, que je ne vais pas boire des coups avec eux et que je n'ai pas mes riches relations pour m'aider. Par contre, ils vont passer des morceaux de Portishead. Pourquoi eux et pas moi ? Quelqu'un m'a répondu - et c'est quelqu'un qui est blanc-, que c'était parce que Portishead étaient blancs et inoffensifs. Quelques fois on m'a invité sur des plateaux TV et on m'a posé des questions sur David Cameron. J'ai dit ce que je pensais, que David Cameron était un espèce de crétin, qu'il était le diable. Les producteurs, en général, ne veulent pas de ça. Même Massive Attack est considéré comme un groupe inoffensif, et les radios passent leur musique, parce que leur musique ne pousse pas les gens à réfléchir. C'est clair qu'il n'y aura jamais aucune émeute provoquée par des chansons de Massive Attack. Il y a quelques années, j'étais à Hollywood, c'était à l'époque où j'étais sur le label de Chris (ndlr : Blackwell), Island Records, et un mec me demande "combien d'albums tu as vendu ?" et je n'en avais aucune idée car Chris et moi n'avions jamais abordé le sujet, Chris me voulait sur son label car j'étais un artiste par pour le nombre d'albums que je vendais. Chris a pris sa retraite et chez Island Records, ils ont désormais des quotas. Si tes ventes n'atteignent pas ce quota, tu perds ton boulot. À l'époque de Chris, ils ont signé PJ Harvey, trois de ses albums se sont mal vendus, mais ils étaient fiers de l'avoir elle en tant qu'artiste, mais ça c'était avant. Aujourd'hui si tu n'exploses pas tout avec ton premier album, tu dégages.
 


Et d'après toi, comment faire en sorte que les choses changent ?

Il faudrait convaincre les jeunes d'en finir avec cette quête de la célébrité, parce que tout ça ce ne sont que des mensonges, rien n'est réel. Je ne sais pas si tu connais ce jeune rappeur, Hopsin, il est de Los Angeles, il est vraiment très bon. C'est la première fois que j'entends un rappeur dire des choses comme "tu fais croire aux gens que vendre de la drogue c'est une bonne chose, mais qu'est ce qu'il y a de bon à aller en prison, qu'est ce qu'il y a de bien à se faire tirer dessus ? Il n'y a rien de bon là-dedans". Ce gosse n'a que 23 ou 24 ans mais il est très intelligent, il se fiche de l'argent, de la célébrité, c'est un diamant brut. On a besoin de gens comme Hopsin dans la musique, des gens qui disent la vérité et poussent les jeunes à changer. On a besoin de gens comme Nneka également, cette fille qui chante sur mon album. Elle n'essaie pas de vendre du sexe, comme plein d'autres chanteuses, elle est incroyable, elle parle de politique, d'un tas de sujets intéressants. On a besoin d'artistes comme eux pour faire bouger les choses.
 


Surtout que le public est en attente de ce genre d'artistes non ?

Exactement ! Quand on voit les 25 millions de vues sur Youtube de Hopsin, alors qu'il n'a sorti aucun album…
 


Et toi, tu produis des gens, des jeunes talents en qui tu crois, sur ton label False Idols ?

Oui, j'ai Francesca Belmonte. Son album sortira en 2014. Puis j'ai aussi cette artiste chinoise Fifi Rong, elle est de Hong-Kong, elle habite à Londres, elle chante en anglais mais aussi en chinois. Puis j'ai mon plus jeune frère, Marlon Thaws, il fait du rap mais du rap un peu clubbing. Il parle de ce que c'est qu'être jeune et de se battre pour survivre dans un ghetto, il parle de la drogue mais pas pour en faire l'apologie, plus pour dire que parfois, pour nourrir ses gosses, la seule chose qu'il nous reste, c'est de vendre de la drogue. Il écrit vraiment bien, c'est un gosse très sensible.
 


Et Francesca Belmonte, tu travailles avec elle depuis déjà quelque temps non ?

Oui, elle a travaillé avec moi sur mes deux derniers albums, mais je trouve que ça a été du gâchis. Je m'explique, les gens la découvrent maintenant avec False Idols parce que je fais tout pour la mettre en valeur. Chez Domino son nom n'était quasiment jamais mentionné, ils voulaient me mettre en avant moi, juste moi, ils n'en avaient rien à faire de Francesca.
 


Et les autres artistes qui collaborent sur l'album, tu les as choisis comment ?

Concernant Nneka, quelques personnes m'en avaient déjà parlé et m'avaient conseillé de travailler avec elle. Donc par curiosité, j'ai regardé sur Youtube et elle m'a beaucoup impressionné. Comme je te disais tout à l'heure, elle parle de politique, de choses positives, elle est très engagée, anti statu quo et c'est ça que j'aime chez elle.
 


Quand on écoute ta musique, on a vraiment l'impression que tu préfères travailler avec des voix de femmes plutôt qu'avec des voix d'hommes, ça te vient d'où ?

C'est parce que les paroles de mes chansons sont… féminines. Tu sais, j'ai grandi entouré de femmes. Elles ont joué dans ma vie le rôle de père et de mère en même temps. Quand ma mère est morte, les seuls modèles masculins qu'il me restait étaient des criminels. C'était les femmes qui prenaient soin de moi, qui me nourrissaient. Ma grand-mère m'a appris à tricoter, à faire du crochet, à cuisiner, je passais tellement de temps avec elle… Elle a fait en sorte qu'aujourd'hui, je réussis à voir les choses du point de vue des femmes. Les hommes sont vus comme des héros mais quand les hommes sont à la guerre, ou même en prison, ce sont les femmes qui restent à la maison pour s'occuper des enfants. Je vois les femmes d'une manière différentes que la plupart des hommes et je crois même que je pense comme une femme. C'est pour ça que les paroles de mes chansons doivent être chantées par des femmes.
 


Et le fait que tu aies grandi à Bristol, ça joue dans ta musique ?

Pour être honnête, non, je ne crois pas. Ce sont surtout toutes ces femmes, ma mère, puis ma grand-mère, ma tante, qui ont fait de moi ce que je suis aujourd'hui, elles sont très fortes et elle m'ont appris à ne compter que sur moi même et à faire mes propres choix. Ma grand-mère, au lieu de me dire "tu dois aller à l'école", elle me disait "tu ne veux pas aller à l'école ? Soit", ou alors si je m'habillais bizarrement, elle ne me disait pas "allez ça suffit, tu dois changer de vêtements", elle se disait juste que j'étais différent des autres garçons. Elle m'a toujours poussé à aller où je voulais aller. Tu vois, par exemple, une fois, j'avais 15 ans à l'époque, on m'a appelé à 3h du matin pour que j'aille rapper à une soirée. N'importe qui m'aurait répondu "non, tu a école demain", mais elle, non, elle m'a dit "allez, vas-y". Les femmes ont fait de moi l'homme que je suis aujourd'hui, que je grandisse à Bristol, en Russie ou à Paris.

On parle souvent de la scène de Bristol, mais c'est un mythe. Prends l'exemple de Massive Attack, jamais ils ne mettraient un pied dans le quartier où j'ai grandi parce que je viens d'un ghetto de blancs, les mecs de mon quartier sont des gens entiers. Un jour je suis allé à une soirée avec 3D (ndlr : Robert Del Naja) et un des mecs de mon quartier lui a retiré son chapeau Kangol, l'a jeté par terre et j'ai du les empêcher de se taper dessus. 3D était habillé comme un B-Boy, et pour eux, il n'était pas lui même. Ces mecs, ils ont des vies dures et n'ont aucune patience pour ce genre de "mode". Pour eux, quelqu'un comme 3D est un charlot. Si je n'avais pas fait de musique, je n'aurais jamais rencontré les mecs de Massive Attack, nous n'aurions jamais été amis. Et c'est en quelque sorte pour ça que 3D m'apprécie. Je me rappelle, parfois je partais à Londres pour quelques mois, quand je revenais à Bristol, je retrouvais 3D dans un bar et même pas dix minutes passaient avant que quelqu'un n'appelle pour savoir si j'étais là. Et à chaque fois, 3D se demandait comment les gens savaient que j'étais rentré. J'avais ce petit truc qui faisait que. Tu te rappelles de Smith & Mighty ? Un jour, ils m'ont demandé de faire les voix pour un de leurs morceaux, je me rappelle que les mecs de Massive Attack ne voulaient pas que je le fasse, il fallait que je choisisse mon camp. Donc tu vois, pour moi, ça ce n'est pas une "scène". On pense souvent que Portishead font partie de la "scène de Bristol" alors qu'ils ne sont pas de Bristol, mais d'une ville qui s'appelle Portishead. Geoff (ndlr : Geoff Barrow), c'est un mec bien, il a été ingénieur du son pour Massive Attack. Portishead c'est une ville de durs, tu sais les mecs de là-bas, ils aiment la violence, ils aiment boire et se battre, mais ce n'est pas Bristol et si Geoff n'avait pas travaillé pour nous, je ne l'aurais jamais rencontré.

 


Et donc tu vis à Paris maintenant c'est ça ? Pourquoi ? Tu te sens proche de la culture française ? Plus proche que ta propre culture ?

En partie oui. La liberté que vous avez ici est folle, et je reçois beaucoup d'amour à Paris. Depuis mes débuts, mon premier album, les français m'aiment. Néanmoins, je vis dans le 7e arrondissement, ce qui implique qu'il faut vraiment que je me concentre pour ne commettre aucun meurtre (rires). Il faut vraiment que je me concentre, quand je quitte mon appartement, que je veux me poser prendre un café quelque part et que je dois faire face à l'arrogance de certaines personnes. Je pense à changer de quartier. Quand je vivais à Max Dormoy, je n'ai jamais eu aucun souci, je n'étais pas sans cesse en colère, maintenant, c'est presque tous les jours. J'étais dans un café l'autre jour, et un mec n'arrêtait pas de me fixer, du coup je lui ai demandé s'il parlait anglais, il m'a répondu que oui. Donc je lui ai demandé "pourquoi tu me regardes comme ça ?", mais tu sais, très snob parisien, le mec a essayé de se défiler et m'a demandé quel était mon problème. Puis son ami est arrivé alors je leur ai dit que s'il continuait je risquais de vraiment m'énerver. Mais encore une fois, c'est moi qui passe pour le mauvais garçon. À part ça j'adore les français parce qu'ils sont les seuls à m'accepter avec mes défauts, ils s'en foutent de ma "carrière flamboyante", ils m'aiment aussi parce que je ne fais pas de concessions, parce que je ne suis pas un vendu. Ce qui est différent de Londres. À Londres, les gens t'aiment quand tu passes sur Radio 1, basta. L'Angleterre est foutue, la scène underground existe toujours, mais là-bas tout n'est qu'une question de célébrité, de prix reçus et de ventes d'albums. Les français s'en foutent de savoir combien d'albums j'ai vendus. Je suis chanceux, pour cet album, la presse anglaise m'a félicité mais l'industrie ne peut toujours pas me blairer. Avec mon pays, on est comme chats et chiens, il y a tout un tas de gens qui ne m'aiment pas parce que je suis libre d'esprit et parce qu'ils ne peuvent pas me contrôler. J'ai été à quelques cérémonies de remises de prix et à chaque fois, les gens sont très nerveux à mon égard, pas parce qu'ils me considèrent comme quelqu'un de mauvais mais parce que je suis celui qui risque de leur dire "je me fiche de qui tu es, je n'aime pas ta musique".
 


C'est sans doute pour ça que les français t'aiment… !

Oui, je crois aussi. Je me souviens, un jour j'étais à New York et il y avait ce journaliste du Times, j'étais avec Chris Blackwell en backstage. Bono arrive et me demande, juste en face du type, ce que j'ai pensé du spectacle. Je lui réponds alors que je n'ai pas trouvé ça super. Bono me regarde étrangement et à ce moment là, je vois bien qu'il ne comprend pas pourquoi je fait ça. Il a du trouver ça déplacé, impoli, mais c'est juste que ce n'était pas mon truc, il y avait trop d'argent là derrière et je n'avais pas envie de mentir là dessus. Le journaliste n'a rien écrit là dessus parce qu'il était là pour dire du bien de U2. Tu prends certains grands artistes, les Rollins Stones, U2, ils sont encore là aujourd'hui alors qu'ils ne font plus rien de nouveau, mais ils ont toute la machine commerciale derrière eux. Il y a longtemps, j'étais invité sur un plateau TV par cette femme, Jo Whiley, et elle m'a demandé ce que je pensais de la construction de je ne sais plus quel opéra, qui avait coûté des millions. Alors je lui ai dit ce que je pensais "attends, tu me demandes ce que je pense de cette merde alors qu'il y a des gosses qui ont besoin d'un endroit pour jouer, alors qu'il y a des gens qui crèvent de faim. Tu ne trouves pas ça ridicule ?". Elle est très connue aussi pour son émission sur Radio 1. Depuis Radio 1 ne passe jamais ma musique. C'est le business. Tu sais, il y avait cette femme que je connaissais, elle voulait être manageur, en Angleterre, il y a environ 10 ans de cela ; elle a fini par travailler pour un label. Et un jour, je lui ai dit "tu aurais fait un super manageur mais le seul problème c'est que tu n'aimes ni le football, ni les pubs, le problème c'est que tu n'as pas été aux mêmes écoles que tous ces gens qui tiennent les rênes de l'industrie de la musique". Tu sais, elle aime les chevaux, la campagne, elle est différente, alors pour elle, être un manageur en Angleterre, c'est impossible. J'ai un nouveau manageur, qui est incroyable, c'est un mec normal, avec des enfants, qui tient un café à Manchester, mais mon dernier manageur pense que je l'ai viré parce qu'il avait raté une réunion. Je me fiche qu'il ait raté une réunion. Mais quand je vois un post sur Facebook de sa part qui dit "Oh, je suis assis à côté de machin dans l'avion" ou "Oh, machin est juste à côté de moi", b*****, c'est navrant, je déteste ce genre de choses.
 


Des gens comme toi peuvent changer tout ça, tu ne crois pas ?

J'essaie, vraiment, c'est juste très difficile. Mais avec le temps, qui sait ?!
Entretien réalisé par Adeline Journet