On avait rencontré, un peu par chance d’ailleurs, l’ami William Benjamin, aka Gaslamp Killer, entre deux cloisons des Transmusicales de Rennes en décembre dernier. Ce dernier allait d’ailleurs s’en souvenir un jet de flotte coupant son live et son laptop en plein mix…On allait donc pas laisser cette itw dormir, vu que Gaslamp nous raconte son enfance, la création des Low End theory et sa rencontre avec Daddy Kev et Nobody, mais aussi son prochain album, son matos et la création ou comment Fly lo et Samiyam lui ont appris à faire des beats…Go.

90bpm : William, est-ce que tu peux te présenter rapidement, en quelques mots, pour ceux qui ne connaissent pas encore ?
Gaslamp Killer : Bien sûr. Je m’appelle Gaslamp Killer, je suis originaire de San Diego, je vis et travaille à Los Angeles avec le Low End Theory Crew et les gras de Brainfeeder. Je suis DJ et producteur, je joue aussi de la batterie. J’anime une soirée régulière, tous le mercredi soirs à LA, la Low End theory avec mon pote Daddy Kev, DJ Nobody, D-Styles et No Can Do. Je bosse aussi avec le label Brainfeeder qui est composé en gros de Flying Lotus, Samiyam, Ras G, Daedelus, Take, Teebs et pas mal d’autres gens cools….
90bpm : Est-ce que tu peux nous raconter comment tu en es venu à la musique?
Gaslamp : En fait, comme tous les gosses à l’époque on allait à des concerts de punk, de ska, à des raves, des concerts de hip-hop ou de rock, et j’ai toujours était impliqué dans différents groupes, en me disant à chaque fois que ce serait cool de vivre de ça, faire de la musique un métier. J’ai toujours été à fond, à vouloir faire mon show, déjà tout petit dans le salon de mes parents je faisais mon performer tout seul hehe. J’ai vite vu que, dans mon quartier, il n’y avait personne qui faisait de la musique, personne ne jouait d’instruments, je veux dire du rock, tu vois. Donc à force d’aller en soirée, et de voir ces mecs, ces DJs qui géraient seul toute une foule, toute une salle en quelques disques, exaltant toute une foule aussi facilement qu’avec un groupe au complet…J’ai compris qu’il y avait donc un truc à faire, que je pourrais me démerder tout seul sans avoir besoin de l’aide de qui que ce soit…Donc j’ai économiser du fric pendant trois ans pour acheter mes platines, et avec le reste des économies j’achetais des disques…
90bpm : Tu achetais quels types de sons ?
Gaslamp : de tout ! Hip-hop, drum’n’bass, reggae, soul, funk, jazz, rock…tout ce qui pouvais me tomber sous la main en fait ! Les disques qui trainaient dans le garage de mes parents aussi…lounge music, de la bossa, pas mal de musiques brésiliennes…tout ce que je pouvais mixer et jouer! Mais c’est vrai que je pense concrètement que c’est le hip-hop qui m’a vraiment retourné la tête, comme DJ et artiste, ça c’est clair. Le hip-hop c’est ma base, là d’où m’est venu l’énergie en fait.
90bpm : West-coast ou le hip-hop en, général ?
Gaslamp : non en général, tu vois, plutôt l’esprit global du hip-hop, graffiti, b-boying, rappin, beatboxing, scratching… C’est de là, de tout ça que j’ai vraiment tiré mes armes, mes marques et mes tricks tu vois.
90bpm : Ok. En introduction tu évoquais la Low End. Est-ce que tu peux nous raconter comment tu as rencontré tous les gars, Daddy Kev, Nobody, No Can Do… ?
Gaslamp : Nobody, Daddy Kev et moi, on se connaît depuis un bail. Depuis 1999 en fait. J’étais fan de ce qu’ils faisaient. On était tous des DJs qui s’apprécient les uns les autres tu vois. Petit à petit on a commencé à jouer ensemble de plus en plus et Daddy Kev s’est mis à m’inviter à ses showcases. Il faisait des espèces de mini-concerts avec pas mal de jeunes artistes comme Flying Lotus, Daedelus, Edit…Et j’ai toujours aussi été un fan de D-Styles, qui a rejoint le groupe aussi un peu après…On était dans une même communauté tu vois, le hip-hop du sud de la Californie, ce genre de trucs, donc forcément on se connaissait tous les uns les autres. Et donc quand j’ai bougé à Los Angeles, Daddy Kev avait cette idée et m’a invité et le reste fait partie de l’histoire à présent. On a commencé Low End Theory il y a quatre ans, en octobre. Il y avait 20 personnes dans la salle. 20 mecs. Haha. Et maintenant c’est un truc comme 600 personnes, tous styles et origines confondus. C’est cool.

90bpm : Ok, très bien. Tu es arrivé à Los Angeles il y a cinq ans. Tu dois bien connaître et sentir la ville à présent. Comment tu décrirais la musique à LA ? Quelle est la particularité de cette ville par rapport à d’autres ?

Gaslamp : LA a toujours été une Mecque pour les artistes, mais ça n’a jamais été une ville de musique, tu vois, spécifiquement musicale. LA c’est plutôt une ville de showbiz. Donc en gros, les musiciens…. (il s’arrête, puis reprend sur autre chose)…New York était la ville du hip-hop. Nous on avait les fondamentaux en Californie, mais personne n’était là en train d’attendre de notre part le prochain truc incroyable, le nouveau son etc. Les trucs qu’on avait ici, c’était purement ganster, that’s all. Ce qui fait qu’avec tout ce qui est électronique, dub, drum, on avait aucunes contraintes, puisque tout le monde se foutait de ce qui se passait à LA! On était libre de faire ce qu’on veut, et on a fait ce qu’on a eu envie de faire putain ! On a créé nos propres sont, nos propres styles, nos propres lignes directrices. C’est ce qui a fait notre force et notre côté original. Tout le monde s’en battait tellement les couilles de ce qui se passait par ici, qu’on était libre de faire vraiment ce qu’on voulait ! Et c’est aussi pour ça qu’on a évolué rapidement, plus rapidement qu’ailleurs je pense, en tant qu’artistes, mais aussi en tant qu’êtres humains, sans toutes ces putains de contraintes du monde extérieus. C’est ce que je pense, après ce n’est que mon avis….Flying Lotus fait des beats depuis qu’il a 14 ans ! Il en a 27 à présent, mais tu te rends compte : depuis qu’il a 14 ans, il fait des beats ! Dans sa chambre tout seul, est-ce qu’il en avait quelque chose à battre que quelqu’un écoute ses beats et juge ses productions ?! C’est pour ça je pense que ça musique est aussi bonne, parce qu’il a pu avoir pendant un long moment toute la liberté du monde pour faire du son, les sons qui le motivait.
90bpm : Ouais, je vois. Après il y a toujours eu des gens à LA faisant du son, en mode super indé, des délires hip-hop à la Project Blowed, les Log Cabin et autres Legends…Mais à mes yeux les choses ont justement pris une autre tournure en Californie lorsque les artistes se sont démarqués du hip-hop, avec des délires plutôt glitch et électro…t’en penses quoi ?
Gaslamp : Ouais bien sûr, je suis tout à fait d’accord, c’est clair.
90bpm : aujourd’hui tous les yeux du monde sont tournés vers Los Angeles…
Gaslamp : Oui sans doute, après je ne sais pas pourquoi…Ce que je sais c’est que le hip-hop underground était très bien pour nous. C’était cool, on était heureux avec ça, on faisait ce qu’on faisait, et les producteurs qui faisaient ces trucs indie, c’est pareil, c’est ce que je te disais tout à l’heure, tout le monde s’en foutait, donc ils étaient libre d’évoluer….Et maintenant c’est vrai que pas mal de gars se disent : « Oh shit, on va rater le train en marche là, ce que font ces gars est énorme, allons-y nous aussi, ça fait un bail qu’on fait des trucs dans le genre en plus »…Il y a comme une perte de complexe généralisé, les barrières ont fondu… J’ai des amis qui ont mon âge, de San Diego, ils éclatent les frontières musicales depuis tellement longtemps, ils font ce genre de sons depuis le début des années 2000, quelque chose comme ça. Ils s’appellent MRR ADM…
90bpm : Ah l’EP avec Malcolm Catto pour Stones Throw !
Gaslamp : Oui, c’est eux, c’est deux gars, qui ont eu un seul deal, mais ça n’avait pas marché et le truc n’ést jamais sorti comme ils le voulaient…Pourtant ils font toujours une musique de taré, vraiment, c’est incroyable ! Je te dis ça juste pour souligner le fait que ça fait un bout de temps qu’il y a énormément de trucs énormes qui se passent là-bas !
90bpm : ok ! Je sais que tu suis la scène dubstep, devenue aujourd’hui internationale. Tu penses quoi de tout ça, je veux dire, cette explosion du genre depuis quelques années ? On est passé de la micro niche UK, des premières DMZ en 2004 à l’approche mainstream actuelle…
Gaslamp : Oui, je pense que c’est à peu près la même chose. Il n’y avait pas de règles non plus, pas vraiment d’attention sur tous ces gars qui faisaient du dubstep il y a 10 ans…Je te dirais que c’est un peu la même chose pour tous les courants peu populaires, à la marge. Tu sais, il existera touJours une tendance, une volonté de certaines personnes de tirer les niches vers le maintsream, c’est normal. C’est ce qui est arrivé avec la drum’n’bass, avec la house, la techno, l’electro…Tout style musical connaît son temps de gloire, un moment pendant lequel il brille plus que d’autres, avant de retourner dans l’ombre, pour ensuite en ressortir ! Je suis sûr que le dancehall et le disco redeviendront super populaires d’ici peu de temps !

90bpm : Pour revenir à ton actualité : tu bosses sur quoi en ce moment ? Quels sont tes projets ?
Gaslamp : Pour l’instant je travaille sur mon Death Gate EP qui vient de sortir, avec Gonjasufi, Computer Jay, Mophono. Et à côté de ça je travaille à fond sur mon album sur lequel il y aura pas mal de monde : Gonjasufi, Computer Jay, Mophono, Nosaj Thing, Miguel Atwood-Ferguson, Daedelus, j’espère également Flying Lotus, Jim Lang…Bref, un gros rassemblement de putains de musiciens de Los Angeles. Il va y avoir la blinde d’invités, le tout pour un album très « live », éclectique… je veux essayer de faire des beats psychés. (Il s’arrête et me regarde avec une tête de taré, en se marrant). « Dirty psych-beats, yeaah ». Hehe.
90bpm : hehe, cool, bonne nouvelle.
Gaslamp : Plus sérieusement, c’est vrai que j’ai envie de faire un truc crade, qui ne soit ni dubstep, ni électronica, un truc plus fouillis, avec des instruments live, avec ce côté morriconnien, un peu crade et grandiloquent.
90bpm : Ok, content d’apprendre tout ça, ça promet. On a encore un peu de temps, tu peux nous dire avec quoi tu bosses, niveau équipement et matos ?
Gaslamp : Carrément. En fait Flying Lotus et Samiyam m’ont fait découvrir la Roland SP-303, Dr. Sample, tu vois. Et avant ça, moi et mon crew MRR-ADM, moi, Mike et Adam de San Diego (Ndlr : Michael Raymond Russell et Adam Douglas Manella), on utilisait la 303 pour tous nos effets tu vois, pour rendre nos batteries bien crades et tous ces trucs du genre, mais je ne savais pas qu’on pouvait faire des beats avec ! Et donc j’ai vu Flying Lotus et Samiyam, qui faisaient tous leurs beats avec ça…Et pas n’importe quels beats, des trucs de dingue mec ! Donc ils m’ont montré petit à petit comment utiliser au mieux cette machine….J’utilise donc la 303, mais aussi Pro-Tools, multitracks, et un Serato avec mes platines, basiquement. C’est du « DJ-Beats » tu vois, pas vraiment de drum-machine et tous ces trucs ou tu restes collé au zip-disc sans en bouger réellement…Je suis plutôt du genre Pro-Tools avec la dose de layers de partout, avec des claviers, des vraies batteries, plein d’instruments, et des samples, qui s’additionnent à tout cela. Voilà en gros….
90bpm : Tu as le temps d’aller chercher du disque encore ? Digger sur les routes de tournées ?
Gaslamp : Oh ouais grave, j’essaye, mais je ne suis pas le genre de gars qui va essayer coûte que coûte d’aller chopper des disques dans chaque pays où il joue…je n’ai pas le temps tout simplement, malheureusement ! Là par exemple aujourd’hui, je suis rentré du club à Leeds à 5h, et le chauffeur du taxi m’attendait à 7h pour m’amener à l’aéroport, tu vois, je n’ai même pas réussi à dormir une heure… Ensuite j’ai dû prendre deux avions pour débarquer ici, donc le premier truc que j’ai eu envie de faire en arrivant c’est dormir tu vois ! Et donc voilà je viens d’arriver ici il y a une heure, hehe.
90bpm : Ok. Merci William…
Gaslamp : Merci à toi !