Quand la célèbre station de radio pirate londonienne Rinse (qui propage ses ondes illégales depuis 1994) s’est récemment pliée à la légalité, c’est Magnetic Man qu’elle a choisi comme tête d’affiche pour célébrer l’obtention de sa licence FM. Surprenant ? Pas vraiment, quand on voit la place qu’occupent les 3 aimants dans le champ pseudo vectoriel du dubstep. Skream, Benga et Artwork sont des vieux de la vieille, comme dirait l’autre. Du genre à avoir été là au tout début du dubstep, options underground et hustling comprises. Du genre aussi à ne pas vouloir faire que du dubstep brut, quitte à fricoter avec la scène pop. Ce qui n’est visiblement pas du goût des puristes.

Qu’à cela ne tienne, les 3 Anglais sortent un nouvel album en janvier prochain et seront aux Transmusicales de Rennes cette année. En attendant, on les a rencontrés lors de leur passage à Paris ce mois-ci. L’occasion de leur poser quelques questions, boire des cocktails avec eux, rigoler, les contrarier 2 minutes avec une question qui fâche et terminer par un scoop digne des plus grands tabloïds britanniques.

Artwork fume une clope dehors, Skream est aux toilettes, je suis seule avec Benga dans la salle. Il me demande de lui traduire un truc en français sur son Twitter. Les 2 autres reviennent, l’interview commence.

Alors comme ça, le dubstep, c’est toute votre vie ?

Skream : En fait, je crois qu’on a toujours été à fond dans le dubstep. Et qu’on en a toujours fait, limite, sans même savoir ce que c’était. On a commencé avec le UK-Garage, et puis il me semble que le dubstep a été une suite logique.

Artwork (prenant une voix exagérément tremblotante et émue) : Le dubstep, c’est toute ma vie. Toute ma vie, c’est le dubstep. Je dois beaucoup au dubstep. C’est le dubstep qui m’a conçu. (rires) (Plus sérieux) Ouais, c’est assez fou d’avoir été là au début du dubstep et d’être encore là aujourd’hui, à constater ce qu’il est devenu. Je trouve ça énorme de faire partie de cette grosse aventure.

Benga et Skream, dites moi : Artwork est vraiment un mentor pour vous ? Ou c’est encore des histoires de rôle que la presse musicale aime bien attribuer ?

Artwork (tout sourire) : Dites lui, dites lui !

Benga : Bon, OK, soyons sincères : Skream et moi, quand on était plus jeunes, on admirait beaucoup Artwork..

Skream, hilare : Putain mais c’est totalement faux ! Il ment.

Benga : Ahahah, non sérieusement, Artwork nous a beaucoup guidé. « Ça, c’est bien, ça non, ça d’accord, attends, fais plutôt ça comme ça, blablablabla ». Il a toujours été là.

J’échangerais bien volontiers mes cordes vocales avec celles de Katy B. Cette meuf a un timbre incroyable. Dites, est-ce que dans la vraie vie, elle est aussi cool que sa voix ?

Artwork : Putain ouais, cette fille est ouf. Elle est incroyable. Un exemple tout con : cet été, on a tourné une vidéo avec elle. Le tournage durait 3 jours. On est arrivés alors qu’elle était déjà sur le plateau depuis 24 heures. Il faisait horriblement chaud, genre 100 degrés, et on a dû tourner 2 heures en plein soleil. On était en nage, on n’en pouvait plus. Des vraies lavettes. Katy B, elle, elle a pas bronché une seule fois. Elle a fait les 3 jours sans se plaindre une demi-seconde. Elle est hyper professionnelle. Tu peux lui dire de refaire 10 fois la même chose jusqu’à ce que ça soit parfait, elle le fera. Elle a une énergie incroyable. C’est une fille super. Et elle est hyper cool.

Vous utilisez Ableton pendant vos sets. Et en studio ?

Artwork : Un mélange de Fruity Loops et de claviers midi.

Vous mettez un point d’honneur à ne jamais faire les mêmes sets et à toujours improviser pour créer du neuf. Ne rien préparer avant, ça doit être stressant, non ?

Benga : Non, justement. Parce qu’on s’oblige à être plus relax et spontanés. Du coup, le truc c’est que parfois ça fonctionne, parfois non. Mais ça fait partie du jeu. En fait, je crois qu’on se force à ne pas y penser.

Skream : Exactement. Et ça marche bien comme ça.

Artwork : Parfois, on devient fous. C’était le cas y’a quelques sets. On a lâché une phase qu’on avait jamais lâchée avant. C’était trop intense pour Benga, il est devenu dingue et arrêtait pas de crier "putain mec, putain putain, ce qui vient de se passer est cinglé !!" (Brouhaha de voix et de rires – Benga, Skream et Artwork se remémorent la scène).

On voit que vous êtes hyper potes – vous n’arrêtez pas de rigoler, de vous couper la parole, de vous vanner et de gesticuler dans tous les sens. Pour vous recadrer un peu, je vais vous poser une question bateau et ennuyeuse de journaliste culturel de base. En mode masturbation intellectuelle. Genre "Magnetic Man, est-ce finalement plus un projet qu’un groupe ?"

Benga, regardant les autres : Répondez, vous deux !

Skream : Je ne saurais pas dire. Pour moi, Magnetic Man, c’est rien d’autre que « Magnetic Man ».

Artwork : On se comporte comme un groupe. Quand on se produit en live, on se doit d’interagir comme n’importe quel groupe le ferait. Du coup, je présume qu’on est effectivement ce qu’on appelle « un groupe ». Mais Magnetic Man à la base, c’est d’abord un projet. En fait, je crois que Magnetic Man est autant le titre d’un projet que le nom d’un groupe sous lequel on officie. Ouais voilà, c’est exactement ça.

Vous avez fait la couverture de NME cette année. Peut-on considérer que c’est la preuve ultime que le dubstep est en train d’ouvertement flirter avec la scène pop ?

Benga, visiblement agacé : Arf, encore cette question…

Skream : NME est un magazine qui parle de groupes qu’on aime bien. Donc ça nous dérange pas d’en avoir fait la couv’. Je sais pas si on peut dire qu’il y a un flirt avec la pop. Cette histoire de couv’ de NME, c’est avant tout de la promo. Alors ouais, peut-être que les mecs de NME ont envie de faire écouter du dubstep à leurs lecteurs. Mais dans ce cas, c’est une autre histoire.

Ouais d’ailleurs Skream, j’ai lu je sais plus où ton « allez tous vous faire foutre » à la question « que dis-tu à tes pairs qui t’accusent d’avoir vendu ton cul et oublié la scène underground ? ». Peux tu développer ?

Skream : Ahaha, merde, non, vraiment, je crois que j’ai rien d’autre à dire que « allez tous vous faire foutre ».

Artwork : Ahaha, non mais pour répondre de manière plus constructive : on a envie de dire à ces gens-là d’aller d’abord écouter l’album. Genre pas que 2 chansons. L’album entier, vraiment ! Et ensuite, OK, qu’ils reviennent. Qu’ils reviennent m’affronter et me dire ça. Genre droit dans les yeux. (rires)

Skream : Ça me fait penser à un truc, y’a 3 semaines. Des potes en Slovénie sont venus me dire, avec un air désolé ; « mec, je peux être honnête ? OK, je vais être honnête : pourquoi vous faites de la merde aujourd’hui ? Après les tueries que vous avez été capable de balancer dans le passé, quand même…». Sur le moment j’ai rien répondu, et puis après on s’est assis, on a bu des verres, et finalement je leur ai demandé de développer. Ils ont tous mentionné les mots « truc trop commercial » et « genre le morceau I Need Air ». J’ai demandé « vous trouvez vraiment que tout l’album est commercial ? ». Et tu sais ce qu’ils m’ont dit ? « Bah, on a pas écouté tout l’album, hein ». Mais allez tous vous faire foutre ! Non mais OK, I Need Air est probablement destiné à un public plus mainstream, mais est-ce que ça veut dire que c’est le cas de tout l’album ? Non vraiment, écoutez le en entier avant de parler.

Ouais. Bon, merde, maintenant vous êtes tous remontés. On va essayer de finir sur une question plus cool : pouvez-vous me dire un truc que vous n’avez encore jamais dit aux médias ? Genre une info qui rendrait jaloux mes collègues journalistes.

Benga : Will Smith est GAY.

Artwork : Enfin, il faut encore vérifier 2/3 trucs, mais potentiellement, la vérité est là.

Skream : Ahaha vous êtes cons, putain, dites pas ça. Non non, c’est une blague, OK ? Ils déconnent là, n’écris pas ça.

OK. Allez, un vrai truc alors !

Skream : La toute première fois qu’on a joué !

Artwork : Ouais ! La première fois qu’on a joué, on n’a pas répété.

Skream : On a dit à tout le monde qu’on l’avait fait, mais en fait on a été trop débordés. On n’a jamais répété. On a menti à tout le monde.

Artwork : Donc la première fois qu’on a joué en live, c’était la première fois qu’on jouait ensemble tout court.

Ahaha, OK, cool. Oh, je sens que vous avez encore envie d’ajouter un truc…

Artwork, tout à coup très silencieux : ….

Skream : T’as un truc à dire ? Dis le, tu m’intrigues.

Artwork :

Benga : Bah allez, dis ton truc.

Artwork : Bon OK allez, je le dis. J’ai eu une aventure avec Kate Moss.

Non, tu déconnes ?

Artwork : J’ai eu une aventure avec Kate Moss. C’est la vérité.

Skream : Euh mec, t’es sûr de vouloir le révéler ?

Artwork : Elle voulait un secret. Je joue le jeu.

Parfait.

Benga : SU-PER ! On se reprend un cocktail ?

Propos recueillis, transcrits et traduits par Émilie Laystary pour 90bpm