Nous vous avons présenté le livre Parallel Strokes dans nos chroniques dédiées au graffiti. Intrigué par ce projet complètement indépendant et esthétiquement surprenant, 90BPM a cherché à en apprendre plus sur son auteur. Rencontre par mails interposés:

Peux-tu commencer par te présenter ?
Je m’appelle Ian Lynam, je suis graphiste et DA américan mais vivant et travaillant à Tokyo. Je suis également rédacteur et DA de Neojaponisme, un blog de critiques culturelles japonais. J’écris aussi régulièrement pour PingMag et d’autres titres sur le design.

Comment as-tu eu cette idée de livre ?
Ça m’est d’abord venu il y a 6 ou 7 ans. Dans le sens ou faire des lettres revient à faire de la calligraphie, j’ai toujours pensé que le graffiti et la typographie étaient liés. Et vu qu’il y a un intérêt général grandissant à la fois pour le graffiti et pour le graphisme et la typographie dues à la facilité d’accès à l’internet et aux technologies du design et bien ça me semblait naturel d’en faire un livre.

Qu’entends-tu par "Parallel Strokes", le titre de ton livre ?
Les lettres sont formées par les traits (strokes, ndlr) d’un stylo, marker, bombe de peinture ou points vectoriels. Etant donné que les pratiques du graffiti et de la typographie viennent de la lettre, elles sont parallèles. Chacune d’elle a une longue et riche histoire qui est récemment devenue très formelle. Encore plus pour ce qui est du graffiti en terme de légitimité et c’est d’ailleurs ce qui rend la comparaison intéressante.

Quelle est ton liens avec la typographie ?
J’ai déjà produis un certains nombre de typo pour tout un tas d’entreprises, petites ou grandes. Je dirige une petite fonderie digitale du nom de Wordshape, spécialisée dans la typo sur mesure pour les entreprises. Mais j’ai aussi quelques typos commercialement exploitables.

Comment as-tu choisi les artistes présents dans ton livre ?
Ça a surtout été une sélection de plein d’interview. Il y a eu plus d’une douzaine d’interviews faites de plein de gens couvrant de nombreuses activités allant du peintre de lettres, au graffeur en passant par le typographe qui n’allaient finalement pas. J’ai vraiment essayé d’inclure des interviewés qui sont très influents dans leur domaine. Par exemple Giant et Twist ont les meilleurs styles de tags qui vient d’une tradition calligraphique. Underware sont des typographes de la tradition Den Haag. Daim, Seak et Delta sont les meilleurs graffeurs travaillant la 3D. Jens Gelhaar est un typographe ahurissant et très accomplit. Enfin Ed Fella est juste fou (dans le meilleur sens possible). 

Comment en es-tu venu à une telle direction artistique pour ton livre ?
Ce livre est une extension de ma thèse de Master pour le CalArts (California Institue of the Arts). J’ai passé la plus part de l’année à composer le contenu, mettre mes idées en place et surtout définir ce qu’allait donner tout ce projet. Ensuite, il ne m’a plus fallu que passer du temps sur la maquette. J’ai utilisé une typo conçu par Underware, un petit collectif de créatifs vraiment géniaux. Ils m’ont également fournit une typo dédiée pour le logo de la couverture. Les livres liés aux graffiti ont tendance a avoir une graphisme pauvre. Je voulais que mon projet soit l’antithèse de ce constat.
Autre chose, il y a un bon équilibre de texte et image. Quelque chose à cheval entre le recueil de conversation et le livre d’image sans que l’un ne prenne le dessus sur l’autre. Par chance la typo choisie va permettre de faire durer l’ensemble dans le temps. Certains bouquins vieillissent bien et j’ai l’impression d’avoir réussi à créer ça.
Pour ce qui est de la fabrication, j’ai préféré travailler avec des imprimeurs aussi respectueux de l’environnement que possible. D’une manière générale j’essaie d’utiliser de l’encre de soja et du papier recyclé pour tout ce qui est lié à mon travail graphique. J’ai la conviction que les créatifs ont la responsabilité de réduire l’emploi de procédés toxiques quand ils le peuvent.

Pourquoi as-tu publié ce livre sous ta propre compagnie ?
C’est un titre très particulier et les spectre de gens auxquels il s’adresse est très limité. Enfin s’il parvient jusqu’au Oprah’s Book Club, j’en serai très heureux ! (Emission littéraire américaine très populaire, présentée par la célèbre Oprah Winfrey, ndla) Il ne pourra pas beaucoup dépasser 1 ou 2 milliers d’exemplaires. Donc je me suis dit, pourquoi ne pas l’éditer tout seul plutôt que travailler avec un éditeur plus important étant donné que ce n’est pas ce qui me rendra riche de toute façon !? D’autre part internet a réellement facilité l’auto-publication ces temps-ci, c’est aussi une bonne opportunité.

Quels sont tes autres domaines d’activité ?
Je dirige un studio de création qui s’occupe d’identité visuelle, de graphisme textile, de mise en page éditoriale, et parfois d’animation visuelle. Je suis également le DA de Rap-Up, un magazine Hip Hop américain et je travaille aussi pour Nike quelques labels de musique. Je suis en ce moment en train de travailler sur tout ce qui va servir à la promo du "Portland Documentary and eXperimental Film Festival", à un bouquin pour Nike et à quelques identités visuelles pour des projets d’archi et des réalisateurs de films. Mon agenda est déjà bien rempli !

Propos recueillis et traduits par Thibault pour 90BPM

La chronique de Parallel Strokes
La galerie photo

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