SEPT, plus qu’un chiffre, l’un des joyaux cachés du hiphop français à n’en pas douter. Caractère trempé dans l’acier, voix de ténor qui fait taire les chuchotements intempestifs. Des mots clamés hauts et forts. Distinctements. Le verbe au service de convictions bien assisses.

Sept, critique sociale et nerfs à vif

SEPT, plus qu’un chiffre, l’un des joyaux cachés du hiphop français à n’en pas douter. Caractère trempé dans l’acier, voix de ténor qui fait taire les chuchotements intempestifs. Des mots clamés hauts et forts. Distinctements. Le verbe au service de convictions bien assisses.

Sept Le bonhomme a commencé à écouter du rap en 87, avec Public Enemy.  »Yo bum rush the show, It takes nation a million to hold us back. Un choc. Une révélation. On comprend mieux les influences de sa rage et ce militantisme qu’il revendique à demi-mots.
Son nom circule dans le circuit underground parisien mais peu le connaissent vraiment. N’allez pas chercher un sens ésotérique dans la signification de son nom; Sept est athée. Il a longtemps essaimé son blaze sur les murs parisien, et ces 4 lettres étaient tout simplement agréable à manier.
Premiers baltiements de textes à 13 ans, premier morceau posé quelques années plus tard sur la première mix tape de Cut Killer ( »Je formais un duo à l’époque avec Charly alias Baron faty de Boogotoop aujourd’hui. On s’appelait Cartel Deespy, on s’est retrouvé comme ça à poser entre IAM, La Cliqua, Too Leust ou Ménage à Trois, les groupes en vue à l’époque… »). Première partie de Légitime Processus, puis séparation ( »on évoluait pas vraiment dans la même direction »). En 97, Sept rencontre Hichem aka Sindbad. Thèmes communs, personnalités proches. Sept a trouvé son acolyte. Ils rencontrent la Ménagerie, groupe d’Annecy à coté desquels ils progressent. Sept et Sindbad enregistrent  »Connivence » titre présent sur le premier album de La Ménagerie, sorti en 99, puis sur le freestyle final du EP éponyme de Triptik sorti la même année.
Nouvelle séparation. Et une période de doute et de remise en question pendant quelques mois.

Depuis plus d’un an, Sept est en solo.26 ans, l’heure de la maturité pointe son nez. Pas de possee, pas de groupes, pas de compte à rendre. Ca lui convient mieux, avec la conviction qu’un duo c’est comme un mariage; les ennuis arrivent dès que ça s’officialise. Les rencontre se font désormais au feeling. L’homme a un caractère de solitaire tout en aimant partager des moments avec d’autres qui pourrait formé une famille d’esprit. Ainsi La Ménagerie lui fait rencontrer Triptik et en particulier Dabaaz qui les emmène un jour chez D’Oz du groupe bordelais Kroniker. Nouvelle rencontre fructueuse. Même si ses textes sont souvent aussi noirs que son encre, Sept a besoin de se sentir bien pour écrire. les pannes d’inspiration ne sont qu’un mauvais souvenir des galères trop souvent ressassées.

Les projets concrets arrivent, timidement. La mix-tape de Cutee B où Triptik invite D’Oz et Sept en freestyle. Sept pose également un morceau avec D’Oz sur la mix-tape Virus, l’une des plus reussies de cette année. d’autre rencontres se font avec une nébuleuse, une scène  »à part » qui se crée; TTC, La Caution, 6000R, le producteur Para One, Iris, La Ménagerie, Triptik, D’Oz et Kroniker autant de noms qu’il apprécie  »ce qui nous regroupe, c’est un etat d’esprit, on reste simple, on ne change pas la face du monde, on reste des artistes point.. J’aime le rapport d’égalité qui peut exister entre nous, on est tous plus ou moins inconnu, ça nous amène à nous serrer les coudes ».

Sept

Une scène indépendante nouvelle et fragile est en train de naître. Lucide mais plein d’espoir, Sept a soif de sortir des disques. La peur de tomber dans les oubliettes comme rage et comme motivation supplémentaire.

Outre ses apparitions sur les mix-tapes, »Fuck le maximum boycott volume 2 » des Deble Men ou  »80 minutes chrono » de Dj H2 son actualité immédiate et son couplet sur le morceau sur la mix-tape  »La Contrefaceson » au côté de Dabaaz et de D’Oz.

Caractère entier et tempérament sans ménagement, Sept a un sens aigue de l’écriture. Perfectionniste, chacun de ses mots semblent avoir été pensé et repensé. Peu de place au bavardage inutile  »J’ai commencé à travailler les rimes riches au contact de La Ménagerie. J’aime les rimes en trois ou quatre syllabes. Même si je lis peu, j’aime le vocabulaire, d’où qu’il vienne. C’est pour cela que je mélange aussi bien des mots recherchés et soutenus que du vocabulaire populaire, argotique qu’il vienne de la banlieue, comme  »paletot », argot de Pantin ou  »Nachave ou Pillage (S’en aller et boire NDLR) » qui sont des mots employés par les gitans.
Le but est de mélanger ses univers linguistiques pour servir au mieux le texte que je suis en train d’écrire ».

Rappeur conscient, serait l’expression usitée pour quiconque voudrait le cataloguer.  »On dénigre aujourd’hui le mot conscient en l’employant à toutes les sauces. Trop de cailleras, malgré un potentiel certain, préfèrent se la raconter au lieu de dire des choses intéressantes et sensées. Eux ne sont pas conscients. Le danger est de dire n’importe quoi face à des jeunes qui se réferent de plus en plus à certains discours de rappeurs. Si on veut que la rue évolue et ses jeunes avec, toutes origines sociales confondues, il faudrait commencer par apporter un autre message, moins stéréotypé, qui ne soit plus limité aux discours mysogynes  »les meufs sont bonnes à bouger leurs cul » ou encore l’apologie des comportements mafieux du type  »je te défonce la gueule si tu me regardes de travers; ça c’est de la dictature, du fascisme à mille lieux du hiphop ».

Le concept de conscience a donc tout son sens. Au risque d’étonner certains puristes:  »La conscience ne doit pas être limitée à une forme de caste. Même TTC est conscient à sa façon. Ils partent dans des délires hallucinants. Ils représentent la dérision, une des choses qui manquent le plus dans le rap français aujourd’hui. Il faut arrêter de constamment se prendre au sérieux. J’apprécie aussi l’humour dont a fait preuve dans son texte Dad PPDA (KDD) dans le morceau  »Gomes et Tavares ».
Finalement Sept a sa définition toute personnelle du rap conscient. Sortir des clichés et des stéréotypes. ëtre soi-même avant tout sans chercher à plaire à tout prix. Loin de gober les discours à la mode, Sept veut d’abord refléter ce qu’il est vraiment. Avec ce dégoût du mensonge, et de l’apparat de personnages inventés pour plaire.

D’où des textes souvent difficiles d’accès. Constat abrupte et cru de la réalité qu’il cotoye ou que cotoient ses proches. Mélange d’idéaliste, de mélancolique, ses textes oscillent entre espoir et noirceur:  »C’est normal d’être pessisimite quand on voit la description réaliste de la socièté. Il ne faut pas s’enfermer la dedans et continuer à lutter à son petit niveau, même si je ne considère pas ce que je fait comme du militantisme à proprement parlé, comme peuvent le faire des associations tels, Droit Devant, Le DAL et ceux qui soutiennent les sans papiers…nous ont ne fait qu’écrire des textes… ».
Ces thèmes? »Ce qui m’interesse, ce qui me touche, ce qui touche mes potes, les videurs qui défoncent la gueule de petits banlieusards, la police, les violeurs…mais attention quand je parle de chose qui me touche mais que je ne vis pas personnellement, je fais trés attention à ce que je dis…les jugements hâtifs, faut faire gaffe, respecter surtout, que ceux qui le vivent ne se disent pas  »mais pour qui y s’est pris celui là ». Mais plutôt qu’ils disent  » il a essayé de décrire la situation avec respect ». Le respect et la nécessité de s’informer. D’où une remise en question régulière.

On l’aura compris, malgré un flow incisif, Sept préfère le fond à la forme.Comme le rappelle cette phrase extraite d’un de ces textes: "Le sens determinent les rimes leur placement dressent le flow".  »Ce qui prime pour moi c’est le discours, ca prime sur la technique. Plus les mots que le flow. La cerise sur le gâteau étant des gens comme D’Oz (quand on a le discours, le flow, la technique, l’écriture, que demander de plus)  ».

Lorsque la conversation dérape inévitablement sur Skyrock, Sept avoue avoir mûri:
 »Si le programmateur de Skyrock veut passer un de mes morceaux? J’accpete sans problème, à ce niveau là j’ai changé. J’étais sectaire. Aujourd’hui je me rend compte que si tu veux sortir des disques tu ne peux pas constamment travailler avec des gens qui vont partager à 100% ton point de vue. Quand j’ai eu l’occasion d’aller chez Sky, non pas chez Difool, mais chez Bumrush (L’emission du Double H)..j’ai vraiment kiffé. Il faut juste rester vigilant et être plus malin qu’eux. Ne pas changer son discours, dire ce que l’on a à dire sans l’édulcorer. Si Bumrush peut m’apporter la chance de diffusion mon message plus largement à des gens qui ne me connaitrait pas autrement…c’est ça le principal, le boycott bête et méchant ne sert à rien. Grâce aux gens que tu critiques, tu peux faire entendre ton propre message, c’est ça l’essentiel, c’est pas de l’ironie ça? moi je trouve ça beau. A Sky j’ai sorti des textes sur certains rappeurs qui passent souvent à Sky… ».

Quand on lui parle de ses goûts, l’éclectisme est roi.
Ses première influences vont de PE à Kool G Rap en passant par Stetsasonic. Kamilo, producteur avec qui il collabore essentiellement lui a fait découvrir Mr Lif, Edan, MadLib, Planet Asia ou encore Mass Influence ( »Je me suis rendu compte que H20 faisait parti d’un vieux groupe que j’adorais, Y’all So Stupid »).
 »J’aime l’originalité, je suis pas un fou d’Anti Pop Consortium contrairement à TTC par exemple mais je respecte beaucoup ce genre de groupe car ils savent apporter quelque chose de différent, d’être avant tout eux-mêmes même si ça ne plaît pas à la majorité ».

Avant de terminer cette rencontre, je lui pose les questions dignes d’un questionnaire de Proust  »Des projets pour le futur? Là je bosse avec différents producteurs, Dr Fudge et Steady qui sont bordelais, Para et MJM qui sont signés sur Nouvelle Donne, Jim Profit, un pote de Boulogne, Marius ou encore Kamilo aka Kilab ».
 »Et si tu devais inviter quelqu’un que tu ne connais pas pour un featuring sur ton maxi? »
 »Sûrement Casey. Pour moi Il n’y a pas assez de filles dans le rap. C’est dommage de voir que leur cul…les femmes sont égales des hommes, elles ont aussi des choses intéressantes à dire. Ou Diam’s également. Si un jour ça se faisait je serai hyper content même si je suis sur qu’elles ont autres choses à faire.Je pourrai te citer Sniper ( »j’ai apprécie de les entendre dire à la radio un jour  » ne confondons pas la misère et la galère, ce que vit un jeune de cité et ce que vivent les gens dans le tiers monde, il faut savoir relativiser face à la pauvreté »), ou Chiens de Paille ».

Au seuil de sa carrière discographique (il n’a encore sorti aucun maxi…), Sept a le panache et le charisme des plus grands. Gageons que ce chiffre, magique pour certains, lui donnera la chance de se faire connaitre du plus grand nombre.

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