POUR UNE RAISON DE FUITES, JAMES BLAKE AVAIT DÉCIDÉ D’AVANCER LA SORTIE DE SON NOUVEL ALBUM « ASSUME FORM »  AU 18 JANVIER.

 

D’abord annoncé le 25 janvier, on découvre donc prématurément le 4ème album de l’anglais, après un mitigé « The Colour In Anything ». Déjà à l’évocation de son nom ces derniers jours (car il n’est pas dans le délire teasing en grande pompe), tout le monde s’est excité. Restait à savoir si l’album allait tenir ses promesses.

Jusqu’à plus loin qu’on peut s’en souvenir, quand un artiste commence à briller mondialement, il est happé par le monde de l’entertainment et au fil du temps, sa musique est forcée d’évoluer en fonction de son appartenance à l’élite. Même s’il reste hyper discret, James Blake a suivi les traces d’un Mark Ronson qui une fois adoubé a dû s’éloigner un peu de ses prods d’origine. Depuis plusieurs années, il collabore avec les Beyonce, Brian Eno, RZA, tourne avec Kendrick Lamar ou se met en collocation avec Chance The Rapper et sa personnalité d’anglais timide et délicate lui revêt un statut assez particulier parmi les stars.

Bien sûr, cette partie « underground » qu’il avait épousé quand il n’était que DJ, ainsi que ce coté indé, voir expérimental à ses débuts, Blake a choisi de les ranger sous la bannière de son label 1-800 Dinosaur, son laboratoire de sonorités plus progressistes. Mais nous, on avait vraiment adoré les premiers pas avec les albums « James Blake » et « Overground », certes influencés par sa période post dépression quand il avait 19 ans. « Assume Form » ne sera pas l’héritier de ces albums envoutant et encore hybrides. Sans en être leur exacte contraire, il s’était déjà annoncé comme le plus « pop » de la carrière de Blake. Ce terme « pop » qui englobe sûrement la notion d’entertainment dans laquelle il faut plaire à tout le monde, donc à personne.

Si on doit commencer par les « déceptions », on notera « Barefoot In The Park », une joute à deux langues, anglais pour lui et espagnol pour la chanteuse Rosalia, dont on ne voit pas autre intérêt que de toucher le public hispanique. « Are You In Love ? » ne nous a pas non plus fait décoller avec un on ne sait quoi qui sonne faux et creux.

De façon générale, on ne retrouve pas forcément le minimalisme qu’on adore chez James Blake. On connait son mode de travail dit de la « soustraction ». C’est à dire qu’une fois le morceau terminé, l’artiste enlève méthodiquement ce qu’il juge en trop. Sur « Assume Form », il semblerait qu’il n’est pas supprimé la rythmique. La plupart des tracks batte la mesure et ne laissent plus la place majoritaire aux nappes de synthés hypnotiques d’avant ou à sa voix unique que beaucoup ont essayé d’imiter depuis. Néanmoins, on reconnait que « Don’t Miss It » (un de nos morceaux préférés) et « Lullaby For My insomniac » sont de cette verve.

 

 

Quand on dit « pop » c’est aussi parce que les collaborations d’un artiste sont aussi ouvertes aux rappeurs à succès mondial. Blake a collaboré avec plein d’entre eux et sur « Mile High », il rend la pareille à Travis Scott qui l’avait invité sur son album « Astroworld » (sur « Stop Triyng To Be God »). Ce titre a été produit par Metro Boomin et comme sur « Tell Them » (avec le californien Moses Sumney en guest), la patte de Blake n’est pas assez forte et identifiée. Le premier titre est bon et le second pas bon du tout. À vrai dire, les crédits de deux auraient pu être inversé sans que personne n’ait pu voir la différence.

 

 

L’impression générale que nous donne l’opus, c’est qu’il y a une sorte d’entre-deux, entre le bon et le sans intérêt. Dans plusieurs morceaux, il y a un sentiment d’inachevé qui nous laisse sur notre faim. Bien sur, on sait que beaucoup de titres de James Blake montent souvent en puissance, d’un début calme vers un dénouement somptueux où les éléments volent à leur climax. Les titres comme « Assume Form » ou « Power On » sont poussifs et on se demande encore au bout de la dixième écoute si les titres comme « Into The Red » et « I’ll Come Too » sont dignes de considération.

 

 

Reste à analyser ce qui est peut-être la curiosité de « Assume Form » : la participation de Andre 3000 sur « Where’s The Catch ». On le sait, James Blake a toujours été fan de Outkast et il avait réussi à apparaitre au piano sur le jam jazzy de 17 minutes de son invité : « Look Ma No Hands ». C’est sûrement à cette occasion que les deux protagonistes ont décidé de collaborer ensemble. La performance réside dans le fait que Blake a réussi à convaincre Andre 3000 à poser des textes pour la première fois depuis bien longtemps. Le rappeur est en effet plus occupé avec le cinéma et avait avoué récemment être largué par la musique d’aujourd’hui. Là encore, le morceau n’est pas complètement abouti à notre humble avis. Il y a des moments lumineux (quand le piano vient se poser et bien sûr les gémissements de Blake) et quelques effets foireux comme cette guitare électrique sortie sur synthé ou encore l’utilisation furtive d’une talkbox.

 

 

Que ce soit clair, nous sommes des fans inconditionnels du chanteur et musicien. Et si on vous donne l’impression d’avoir quelque peu défoncé « Assume Form » c’est parce qu’on attend toujours beaucoup de James Blake. L’album aurait pu être meilleur sur quelques détails.

On continuera à aimer sa musique dans sa globalité mais contrairement à pas mal d’autres médias, impossible pour nous de crier au génie à chaque seule vocation de son nom.

 

L’album est tout de même à se procurer sur l’ensemble des plateformes légales.

 

 

 

TRACKLISTING :

01. Assume Form
02. Mile High
03. Tell Them
04. Into The Red
05. Barefoot In The Park
06. Can’t Believe The Way We Flow
07. Are You In Love ?
08. Where’s The Catch ?
09. I’ll Come Too
10. Power On
11. Don’t Miss It
12. Lullaby For My Asomniac

Polydor – Janvier 2019