Soul Jazz s’est assigné, depuis sa création, la noble tâche de défricher à coup de compilations les plus belles perles de Studio One, probablement le plus grand label et studio de Kingston. Fondé par Clement « Coxsone » Dodd, durant près de 35 ans il va produire et enregistrer tous les plus gros bonnets du ska,  rocksteady et du reggae. Et bien qu’il faisait partie des plus grands producteurs de la musique, le bonhomme était aussi l’un des plus gros roublard en matière de contrat.

On aurait pu penser que le label de la perfide Albion avait passé au crible la plupart des styles crachés par les sound system de Jamaïque mais le rocksteady n’avait été évoqué que sur des compilations hétéroclites. Soul Jazz a donc décidé de lui consacrer un volume en rassemblant quelques noms ronflants de ce courant né dans la deuxième partie des années soixante. Un courant fortement imbibé de soul (dont celle de Curtis Mayfield) et de love songs. Un style qui favorisera surtout l’émergence d’une génération de grandes voix tels que Ken Boothe, Alton Ellis, John Holt, Dennis Brown ou Marcia Griffiths, tous présents sur ce Studio One Rocksteady. Mais ne vous fiez pas à leurs vocalises attendrissantes, car certains d’entre eux étaient aussi capables d’aller intimider les programmateurs radio accompagnés d’objets contendants. Bref des chansons d’amour chantées par des blousons noirs (les rudes boys) la criminalité parfaite en quelque sorte.

Le malheur du rocksteady aura été finalement de vivre dans une époque où les styles évoluaient très rapidement. Et s’il peut être considéré comme l’adolescence du reggae, il est évident qu’il ne fut pas sa période la plus ingrate, comme ce Studio One Rocksteady le démontre à chaque track. 

Julien Renou

 Studio One Rocksteady Rocksteady, Soul & Early Reggae at Studio One (Soul Jazz Records)

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