“I make records but I want nothing to do with history. The only time I’m feeling fine is in my inner sleep, The only time I’m seeing shine is in the reflection so I throw stones at them.” – Reflection.

En une phrase, il nous a résumé sa vision de la musique. Jonwayne fuit la reconnaissance, Jonwayne ne cherche pas à briller, Jonwayne veut tout simplement créer, travailler, décortiquer ce qu’il a fait, et tout recommencer pour mieux refaire.

Dans le texte de présentation qui accompagne Rap Album One , il nous explique tout le mal qu’il a eu pour trouver confiance en lui en tant que emcee, et cela dès ses débuts chez Stones Throw. Enregistrer un album rap pour le label de ses rêves était un palier presque inaccessible pour lui. « I didn’t have it in me anymore », se répète-t-il, mais trop tard, il avait déja acté avec Peanut Butter Wolf pour 3 albums.

 Sans cesse recommencer, se questionner… les lignes qu’ils nous offrent sont écrites avec la sueur et la persévérance. Mais il ne devrait pas douter de lui ce talentueux jeune homme! Ce premier album officiel en tant qu’emcee sur Stones Throw est, disons le, l’album majeur de l’année 2013 pour le label californien. Dans quelques années, on parlera peut-être de « classic », qui sait ?

Même si ses 3 mixtapes et ses différents LP/EP instrumentaux n’ont pu qu’asseoir solidement sa réputation d’artiste complet, un doute persistant demeure dans la tête de Jonwayne : au fond, est ce qu’il prend réellement plaisir à faire tout cela? Cette reconnaissance doit donc le freiner si on l’écoute parler? Le doute est certainement son leitmotiv, mais la perfection aussi. Lyrics, flow et beats sont fusionnels, rien n’est laissé au hasard dans cette ambiance qui sonne pourtant brute. Pleins de subtilités, ses textes sont métaphoriques et gourmands d’allusions divines ou astrales, et tout ça dans l’autodérision. Mais Jonwayne sait aussi habilement jouer avec les sons, il gratte dans toutes les fréquences. Des similarités évidentes avec Doom pour l’univers et les textes, mais des nuances à la El-P dans les compositions et les approches. Ce dernier lui fera d’ailleurs une belle dédicace, durant son live sur Boiler Room vendredi dernier, quand on lui demandait son album du moment. Et s’il est bien ami avec Flying Lotus et Jeremiah Jae, ce n’est pas pour rien non plus. Ce gars a plus que du talent, et ses proches le savent. À noter que le vinyle est pressé en 45rpm, donc les aficionados des « chopped and screwed versions » à la Shlohmo seront ravis en lecture 33rpm. Et coté guests, Scoop Deville intervient en tant qu’emcee et producteur sur 2 titres puissants de l’album (The come up 1&2) et son ami Zeroh (déjà présent sur ses mixtapes) s’immisce sur le track éponyme Zeroh’s Song.

 Chaque morceau est une introspection dans la peau de Jon (oui, un peu comme dans le film mais avec un autre « John »). On est sans cesse déstabilisé par le climat qu’instaure ce californien.

Ce gros cracker sur la cover le représente tellement bien : durant les 11 tracks de l’album, une fragilité omniprésente se dévoile mais elle ne se brisera pas. Tout comme lui, Rap Album One est énigmatique et atypique mais tellement robuste. Jonwayne trace sa route sans se soucier de ce qu’il laissera derrière lui… et se fout tellement de ce que tu en penses, ce n’est pas son but! il veut juste faire les choses bien, à la perfection. Et c’est ce qu’il a fait.

« I didn’t have it in me anymore »…Faux!.

Benoit Filliat 

Jonwayne Rap Album One / Sorti le 2 novembre 2013 chez Stones Throw

Jonwayne – Rap Album One

Share This