En 2008, le plus Chilien des Berlinois raillait la scène locale en chantant que la minimale n’avait « ni groove, ni couilles » (« Minimal »). Difficile, pourtant, de parvenir à trouver un équilibre entre la précision froide de ses premiers travaux chez Kompakt et la chaleur des sonorités latines vers lesquelles le musicien aspirait désormais. Heureusement pour notre été, le Visiteur réalise avec succès un album qui s’écoute avec la tête et les hanches.

 

En 2008, le plus Chilien des Berlinois raillait la scène locale en chantant que la minimale n'avait "ni groove, ni couilles" ("Minimal"). Difficile, pourtant, de parvenir à trouver un équilibre entre la précision froide de ses premiers travaux chez Kompakt et la chaleur des sonorités latines vers lesquelles le musicien aspirait désormais. Heureusement pour notre été, le Visiteur réalise avec succès un album qui s'écoute avec la tête et les hanches.

 
 

Revenons une nouvelle fois à "Minimal" si vous le voulez bien. À l'époque, Aguayo affirmait rêver d'une musique "plus nocturne, plus profonde, plus sensuelle". Ces trois termes seuls pourraient suffire à définir l'ambiance qui se dégage de ce troisième opus. Sans tomber dans l'écueil de la latin-house putassière, quelques écoutes attentives suffisent à révéler les (nombreuses) bonnes idées du meilleur pote de Rebolledo.


 
 


Le mélange des boîtes à rythmes et des percussions acoustiques, signature du son Aguayo, marche à merveille : machines et instruments se répondent d'un morceau à l'autre pour mieux brouiller les pistes. Le premier single, El Sucu Tucu, pourrait ainsi relever de l'exercice de style : on croirait entendre un joueur de batucada découvrant Carl Craig, une idée aussi fantas(ti)que sur le papier que dans les faits. Moitié touriste, moitié explorateur, le producteur oscille entre kitch et EBM. On pourra reprocher à cet album une certaine linéarité, voire une exploitation légèrement excessive de la ficelle latino-berlinoise. Il s'agit malgré tout d'un album dansant qui s'assume comme tel et d'un joli d'un pied de nez à ceux qui hochent mollement la tête entre minuit et cinq dans des hangars désaffectés.

 
 

Ce qui caractérise enfin The Visitor (et son auteur), c'est aussi l'humour. L'artiste est là pour s'amuser et nous amuser, quitte à pousser le délire caliente jusque dans ses clichés les plus faciles, comme en témoigne le titre liminaire, "Rrrr", superposant des rires et des "r" roulés à n'en plus finir. Un sens de l'auto-dérision bienvenu dans un monde technoïde où, admettons-le, on ne se marre pas toujours des masses derrière sa TR-808. Une Fiesta diferente qui ne ferait de mal à personne, en somme.

 
 

Par Thomas Lachèze